mar. Nov 24th, 2020

UNE NATION QUI LIT EST UNE NATION QUI GAGNE

Un coup de fil si longtemps attendu

Un coup de fil si longtemps attendu

L’annonce par le président IBK de son appel téléphonique à son  » cadet Soumaïla Cissé  » assortie d’une rencontre entre les deux hommes dans les prochains jours a constitué, pour nos concitoyens, une éclaircie dans le ciel politique sombre du Mali.

Depuis six mois que dure la crise post-électorale, ils attendaient, avec impatience et anxiété, une initiative forte de conciliation de la part du candidat déclaré victorieux à l’issue de la présidentielle de juillet-août 2018. En réponse au geste, unanimement salué comme chevaleresque, posé par celui qui était déjà son rival malheureux au second tour au scrutin précédent, ayant consisté à se rendre à son domicile de Sébénicoro pour le féliciter et lui souhaiter bonne chance dans la conduite des affaires du pays.

L’initiative mettra du temps à venir, IBK considérant, ce qui n’est pas totalement déraisonnable, qu’il ne peut aller vers quelqu’un qui conteste la légitimé de sa réélection, pire qui s’est autoproclamé le véritable vainqueur de la compétition, lésé par le juge électoral. Ce serait se placer dans une position de quémandeur qui ne s’accorde pas à son tempérament.

Le rapport de force politique, qui tend à être favorable à l’opposition dite radicale, celle formée autour de Soumaïla Cissé, l’a obligé à faire violence sur lui-même.

Pour éviter une aggravation de la tension consécutive à la présidentielle la plus houleuse des annales électorales du Mali démocratique, le Premier ministre a invoqué l’impératif d’une meilleure préparation pour ajourner les législatives. Celle-là requérant une révision de la Constitution en certaines de ses dispositions, il en profitera pour faire passer des réformes administratives et institutionnelles inscrites dans l’agenda gouvernemental. Pour que l’opération projetée ne se transforme en Berezina (débâcle humiliante de l’armée napoléonienne en Russie en 1812) comme ce fut le cas en 2017, il importe qu’elle recueille un large consensus au sein de la classe politique et de la société civile. D’où la création d’un Cadre de Concertation National.

Soumeylou Boubèye Maïga joue contre la montre. La future Assemblée nationale doit être mise en place au plus tard le 30 juin prochain, dans le respect, si l’on ose écrire, du délai de six mois qui a fait l’objet de l’avis très controversé de la Cour constitutionnelle. Quasiment deux mois ont été épuisés sur ce délai sans qu’il y ait un frémissement de consensus. Le danger d’une rupture avec la Constitution, donc le fonctionnement démocratique de l’Etat, devient un peu plus une réalité chaque jour qui passe.

Après avoir participé à la séance inaugurale du Cadre de Concertation National, les partis membres du Front pour la Sauvegarde de la Démocratie (FSD) et de la Coalition des forces patriotiques (CoFop) les deux pôles de l’opposition, se sont rebiffés. Ils réclament en ses lieu et place  »  un dialogue politique national  » ou « un dialogue national refondateur « , deux vocables recouvrant un même dessein : la tenue d’une conférence nationale bis ou d’une constituante dont le premier acte serait la mise à mort du régime actuel.

Du coup l’Etat EPM est dans l’impasse. Et son chef IBK, réduit à ravaler son orgueil, pour faire ce qu’il s’était interdit : prendre son téléphone et appeler son  » jeune frère « .

Dans l’hypothèse où le FSD, présidé par Soumaïla Cissé, marquera son accord pour une rencontre en tête-à-tête, les deux hommes parviendront-ils à une entente pour que la République se réconcilie avec sa Loi fondamentale à partir du 30 juin 2019, évitant ainsi un basculement dans l’inconnu ? C’est souhaitable.

Au cas contraire, le trio IBK-Soumeylou Boubèye Maïga-Dr Bocary Treta (il a été très actif dans le rapprochement qui se dessine) – n’aurait d’autre choix que d’aller à la révision constitutionnelle sans Soumaïla Cissé et son groupe. Et il aurait l’excuse, devant l’opinion nationale et internationale, d’avoir fait le nécessaire pour les amener à la table des discussions. En vain.

Saouti Haïdara

Source: l’Indépendant