sam. Oct 24th, 2020

UNE NATION QUI LIT EST UNE NATION QUI GAGNE

Dans une lettre au ministre de l’économie et des finances relative au financement du projet d’assainissement de la ville de Bamako (PAVD): BAD annule un prêt de 31 milliards FCFA pour cause de « non mobilisation des fonds par le Gouvernement malien »

La BAD annule un prêt de 31 milliards FCFA pour cause de « non mobilisation des fonds par le Gouvernement malien »

C’est le 15 février 2019 que la Directrice Générale du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), Marie-Laure Akin-Olugbade, a notifié au ministre de l’Economie et des Finances, Dr Boubou Cissé, que  » les conditions d’annulation  » dudit prêt  » sont à présent réunies « . Cela faisant suite à «la non mobilisation par le Gouvernement du Mali» de ce montant, de plus de 31 milliards FCFA, destiné au financement du Projet d’assainissement de la ville de Bamako (PAVB). Quelle incurie !  

Dans sa correspondance au ministre malien de l’Economie et des Finances, Dr Boubou Cissé, la Directrice du Groupe de la BAD souligne que « le Projet d’assainissement de la ville de Bamako (PAVB) a été approuvé par la Banque depuis le 11 janvier 2017. A ce jour, soit 25 mois après son approbation, aucun décaissement n’a été effectué sur les ressources y allouées« .

Et de poursuivre : « Nous voudrions à cet égard rappeler qu’au regard des règles et procédures de la Banque en matière de prêts et dons, tout prêt ou don signé, et qui ne décaisse pas dans un délai de 90 jours et une période cumulative de plus de 180 jours, est éligible à l’annulation « .

Au vu de ce qui précède, poursuit la Directrice générale,  » nous constatons malheureusement que les conditions de l’annulation de l’opération en objet sont à présent réunies. Par conséquent, nous vous avisons que ladite annulation sera effective à compter de la présente date de notification…« .

En ampliation, ladite correspondance est adressée également aux ministres de l’Environnement, de l’Assainissement et du Développement Durable et de l’Energie et de l’Eau.

Rappelons que selon un rapport de la BAD, le projet d’assainissement de la ville de Bamako (PAVB) permettra (dans sa 1ère phase : 2017-2021), de traiter un volume d’eaux usées de 600 m3 par jour, soit 42 tonnes de matières sèches, pour assurer l’assainissement d’une proportion significative de la population de Bamako. Le coût du projet, estimé à 37,879 millions d’UC soit 31 250 932 580F CFA, est cofinancé par la BAD et le Gouvernement du Mali dont l’apport est de 6 500 332 580 F CFA.

D’après ledit rapport, le PAVB sera exécuté sur 48 mois et bénéficiera à une population d’environ 680 000 personnes, soit 27% des habitants de Bamako, dont 50,4 % de femmes.

Le PAVB devait résoudre le problème de traitement des eaux usées rejetées par les populations…

Le projet devait financer une fois mise en œuvre : (a) la construction de deux stations de dépotage et de traitement des boues de vidange (SDTBV) de capacité de traitement de 300 m3 /jour chacune ; elles seront chacune dotée de : (i) dégrilleurs, homogénéisateurs et centrifugeuses; (ii) aires de lagunage; et (iii) filtres plantés de roseaux; (b) l’équipement des SDTBV avec près d’une trentaine de citernes pour améliorer la collecte et le transport des boues de vidange domestiques. Le projet renforcera également les capacités des structures d’intervention, la Direction Nationale de l’Assainissement du Contrôle des Pollutions et des Nuisances (DNACPN), l’Agence Nationale de Gestion des Stations d’Epuration du Mali (ANGESEM) et le Syndicat Mixte Intercommunal (SMI).

Evaluation des besoins :Cette opération se justifie, aux dires de la BAD, par le risque d’aggravation de la situation sanitaire des populations de Bamako. En effet, le projet d’AEP (approvisionnement en eau potable) de Bamako, en cours de réalisation depuis 2013, apportera un volume supplémentaire de 288 000 m3/jour d’eau potable entrainant ainsi l’augmentation subséquente des rejets d’eaux usées y afférents. Or, l’absence totale d’infrastructures capables d’assurer un assainissement convenable des eaux usées actuellement rejetées par les populations de la ville de Bamako, constitue un risque important, susceptible de détériorer le cadre de vie en favorisant la prolifération des vecteurs liés aux maladies hydriques.

D’après le document de la BAD, cette situation est exacerbée par le fait que l’assainissement autonome représente 99% du dispositif à Bamako et que dans le même temps, il n’existe aucune infrastructure dédiée au traitement des eaux usées dans cette ville.

Bamako mettra plus de temps pour ressembler à Kigali

Cette situation conduisant les populations à vidanger sans traitement les produits de leurs fosses septiques à des lieux inappropriés est de nature à générer des conditions d’hygiène précaires exacerbées par la promiscuité et propices à la prolifération de maladies hydriques, notamment dans les quartiers les plus vulnérables.

Pour la BAD, son intervention répond à cette préoccupation pressante du Gouvernement du Mali de juguler ce péril. D’autres bailleurs de fonds comme la Banque ouest africaine de développement (BOAD) et la Banque européenne d’investissement (BEI) ont manifesté un intérêt respectif à participer au financement du projet en 2017 et, pour la 2ème phase, à partir de 2022.

Est-ce tout cela qui est désormais remis en cause avec cette  » notification d’annulation du financement du projet  » de la Directrice générale de la BAD adressée au ministre de l’Economie et des Finances ? Dans sa correspondance précitée, Marie-Laure Akin-Olugbade souligne, toutefois, que « conformément à la règle en vigueur en la matière, il vous est possible de disposer de 70% du montant annulé, dans l’allocation de votre pays« . C’est dire que tout n’est pas perdu pour le gouvernement de Bamako.

Il urge, en tout cas, que ce Gouvernement  explique à l’opinion publique nationale et internationale comment une telle incurie administrative a-t-elle pu se produire.

Une certitude :  avec l’annulation même partielle du financement du PAVB, le président de la République, Ibrahim Boubacar Kéïta, qui avait souhaité que Bamako puisse ressembler un jour à Kigali, la capitale du Rwanda, en termes notamment de propriété, devra attendre…encore longtemps. Avant de voir ce rêve se réaliser.

Mamadou FOFANA

Source: l’Indépendant