mar. Sep 22nd, 2020

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Les conclusions de l’enquête de la MINUSMA sur le massacre d’Ogossogou livrées hier: La mission onusienne dénonce des « crimes contre l’humanité »

Les conclusions de l'enquête de la MINUSMA sur le massacre d'Ogossogou livrées hier La mission onusienne dénonce des "crimes contre l'humanité "

Comme toutes les deux semaines, la MINUSMA a animé, hier jeudi, son traditionnel point de presse, au sein de sa base opérationnelle, dans le quartier Sénou de Bamako. Cette rencontre a été mise à profit par les responsables de la mission pour présenter les conclusions de leur enquête sur le massacre perpétré dans le village d’Ogossagou, le 23 mars dernier, ayant tué, au moins, 157 personnes, toutes de la communauté Peule.

Outre la porte-parole de la MINUSMA, Myriam Dessables, la rencontre était également animée par la Représentante spéciale adjointe de la mission, Joanne Adamson et le Chef de la Division des droits de l’homme, Guillaume Nguefa. Mme Joanne Adamson a d’emblée déclaré que l’enquête menée par la MINUSMA après le massacre d’Ogossagou fait partie des missions qui lui ont été assignées par le Conseil de Sécurité de l’ONU à travers la Résolution 2423. Elle a également soutenu que les conclusions détaillées de cette enquête, menée du 25 au 29 mars dernier, ont été partagées avec le gouvernement depuis le 8 avril dernier. Elle a émis l’espoir que le nouveau gouvernement qui sera formé soit animé d’un esprit de rassemblement pour mieux faire face aux défis du Centre.

A sa suite, M. Guillaume Nguefa a indiqué que ce qui s’est passé à Ogossagou est « une attaque planifiée, organisée et coordonnée sur la partie peule du village « . Il a affirmé que les prémices de cette attaque ont déjà été données par le Chef militaire de la milice  »Dan Ambassagou » qui déclarait quelques jours plutôt qu’il allait mener des représailles contre les assauts que sa communauté a subis.

Sans donner les véritables identités des assaillants, le Chef de la Division des Droits de l’homme d’indiquer qu’ils étaient au moins une centaine, dont certains étaient habillés de tenues de chasseurs traditionnels alors que d’autres portaient des tenues militaires ainsi que des civils. Ces derniers ont pris le village d’Ogossagou, vers 5 heures du matin, à travers deux points.

A en croire M. Guefa, si certains étaient armés de mitrailleuse automatique AK47, d’autres étaient munis d’armes de chasse et d’armes blanches. Il en veut pour preuve le millier de douilles retrouvées dans le village après l’attaque. S’agissant du nombre de victimes, il a précisé que l’enquête a permis d’en identifier 157. Toutefois, il a affirmé qu’il n’était pas exclu que cela évolue au regard de la gravité de certains blessés. Parmi les victimes figurent au moins 46 enfants ainsi que des femmes.

3 fosses communes localisées

Dans le même cadre, il a déclaré que l’enquête a permis de localiser trois fosses communes dans le village, dont deux contenaient 40 corps chacune et la dernière au moins 70 corps. Certains étaient même calcinés à la suite de l’incendie des cases où certaines personnes avaient trouvé refuge.  Certaines victimes de cette tuerie étaient aussi des déplacés peuls qui avaient fui les violences dans d’autres localités du cercle de Bankass, y compris des survivants de l’attaque de la partie peule du village de Koulogon, du 1er janvier 2019.

Des confrontations entre les assaillants et un groupe d’autodéfense

Selon le Chef de la Division des Droits de l’homme, «  l’attaque a donné lieu à une confrontation armée, ayant opposé les dozos aux éléments armés peuls faisant partie d’un rassemblement de candidats au processus de « désarmement volontaire », installés dans le village et qui s’étaient constitués, de facto, en groupe d’auto-défense « , explique la mission d’enquête. Il s’agit d’un groupe dirigé par un ex-déserteur qui avait annoncé, depuis quelques mois, avoir initié la création d’un mouvement pour la protection des Peuls. Il avait accepté que ses hommes soient  cantonnés par l’armée au village d’Ogossagou où ils participaient à la sécurisation.  Notons qu’au cours du massacre survenu dans ce village, il a perdu 12 de ses combattants.

65 personnes dont 17 enfants; blessées par toutes sortes d’armes

Il est aussi indiqué, dans les conclusions, qu’au cours de cette attaque, 65 personnes ont été blessées par balle, arme blanche ou d’autres moyens physiques. Quarante-trois personnes, dont 17 enfants, ont été prises en charge à l’hôpital de Sévaré où  l’équipe d’enquête de la MINUSMA s’est rendue. Par ailleurs, les assaillants ont mis le feu à des greniers et décimé du cheptel. Apparemment, la volonté des assaillants était de raser entièrement le village.

Pour M. Nguefa, ce qui s’est passé à Ogossagou n’est pas un acte isolé, car il s’inscrit dans un contexte d’accentuation progressive des violences sur fond de tensions communautaires dans la région de Mopti, où des groupes d’auto-défense communautaire, possédant des armes de guerre, continuent d’agir en toute impunité.

Ainsi, dans le seul cercle de Bankass, plus de 37 cas d’atteintes aux droits de l’homme, ayant causé la mort d’au moins 115 personnes, sont attribuables à ces groupes, depuis novembre 2018, y compris lors des attaques perpétrées par des groupes de chasseurs traditionnels à l’encontre de civils, dans les parties peules des villages de Koulogon, Minima Maoudé ou encore Libé, entre janvier et février 2019.

Il a soutenu que ces différents actes, entrainant des atteintes aux droits de l’homme, peuvent être considérés comme des  » crimes contre l’humanité «  devant être jugés par un tribunal compétent, en vertu du droit international pénal, particulièrement l’article 7 du Statut de Rome.

Il a aussi révélé que certaines infractions commises sont des violations du Code Pénal malien. M. Nguefa a appelé à la fin de l’impunité dont bénéficient les groupes d’auto-défense dans le centre du Mali.

Pour ce faire, il a plaidé pour la remise en marche de la machine judicaire afin que l’émotion suscitée par cette tragédie ait un sens.

M.D

Source: l’Indépendant