mar. Mai 17th, 2022

UNE NATION QUI LIT EST UNE NATION QUI GAGNE

Crise humanitaire occasionnée par les violences intercommunautaires  dans les régions de Mopti et Ségou: Le calvaire se poursuit pour les 27.789 ménages,soit 147.861 personnes déplacées internes

Crise humanitaire occasionnée par les violences intercommunautaires dans les régions de Mopti et Ségou Le calvaire se poursuit pour les 27.789 ménages, soit 147.861 personnes déplacées internes

La situation sécuritaire dramatique du pays notamment dans les régions de Mopti et Ségou a fait fuir une centaine de milliers de personnes pour s’installer à l’intérieur et à l’extérieur du Mali. Leur calvaire se poursuit dans leurs régions d’accueil, notamment à Bamako où nous avons fait un tour des centres et sites d’accueil.

Fortement désespérée de la gestion du conflit au Centre, Aminata, une déplacée à Niamana, refuse de se faire enregistrer, car elle peut se débrouiller pour nourrir sa famille.  Avec sa mère et ses enfants, elle nous a confié:  » Nous ne bénéficions de rien. Nous sommes sur ce site comme des animaux, n’ayant ni à manger ni abri pour dormir. On a des maux de tête à cause de la malaria« .

Aux abords du camp de Niamana, l’on est accablé par l’odeur nauséabonde dégagée par les ordures et déchets de toutes sortes. Lesquels donnent à ce site l’apparence d’un dépotoir. Le décor est jalonné d’abris de fortunes, exposés au vent et à la pluie, faits  de nattes et d’étoffes usés. Une vision d’extrême précarité.

A la lisière du camp, un homme, âgé d’une trentaine d’années, souffrant visiblement d’une maladie, est allongé sur une vieille natte. A notre approche, Il s’efforce de nous lâcher:  » Je suis malade et je n’ai rien pour aller à l’hôpital. Même en cas de pluie, je suis toujours dehors. Mes vêtements sont restés au village parce que je n’ai pas eu le temps de les rassembler et les emporter avec moi. Ce que je demande d’abord, c’est la nourriture.« 

Aly Traoré a, en ce qui le concerne, écarté l’idée d’un retour au bercail dans ces conditions.  » Il est difficile de rentrer. On a vu des atrocités qui nous terrifient et nous hantent toujours. Nous voulons des aides pour survivre« , a-t-il imploré.

Ce site de Niamana compte 25 ménages composés de 27 hommes, 35 femmes et 64 enfants, dont 38 garçons et 26 filles. Certains d’entre eux, à leur arrivée, ont eu droit à des tentes installées par la Direction régionale du Développement social du District de Bamako.

Des Bamakois se déguisent en déplacés

Selon le Chargé de programme au développement social et superviseur de ce site, établi à l’entrée du parc à bétails, Ibrahim Attaher Maïga, un comportement d’indignité, récemment apparu, vient aggraver la gestion du flux des déplacés.  » Des personnes résidant à Bamako viennent se présenter comme des déplacés depuis qu’elles ont appris qu’il y a une prise en charge alimentaire et sanitaire « , a-t-il dénoncé.

A ses dires, une autre difficulté est liée au refus des déplacés de Niamana de rejoindre le Centre Mabilé, une école transformée en camp, pour le motif qu’ils y sont plus libres malgré les difficultés.

Certains intéressés soulignent que partir à Sogoniko est synonyme de confinement. Ledit Centre, aménagé pour une bonne prise en charge, compte déjà 53 ménages, Peulhs et Dogons confondus, dont 156 enfants, soit 81 filles et 75 garçons.

Pour le chef de ce Centre Tiémoko Traoré, les déplacés (Peulhs et Dogons) cohabitent sans aucun problème. Alors que chaque ménage peulh prépare son repas, les dix familles dogons ont décidé de se réunir autour d’une marmite commune.  » Ici, ils sont totalement pris en charge par l’Etat. Il y a de l’eau, l’électricité et l’infirmerie où la prise en charge est gratuite« , a attesté le chef du centre.

En dépit des conditions acceptables d’hébergement, quelques difficultés subsistent comme l’insuffisance des tentes (essentiellement mises à la disposition de vieilles personnes) en cette période hivernale, le problème d’évacuation des ordures ainsi que le manque de latrines. « Les toilettes sont modernes et inhabituelles pour eux, ce qui en rend leur utilisation difficile et tous les 15 jours on doit les vider, ce qui ajoute aux problèmes. Nous avons donc suggéré aux autorités d’aménager des toilettes traditionnelles« .

 Le désir ardent pour une paix retrouvée

Le porte-parole des déplacés du Centre Mabilé, Abdoulaye Ahmadou Bolly, confie qu’à leur arrivée, ils manquaient de tout.  » Nous vivions dans la précarité totale. Maintenant, nous sommes répertoriés et dans des conditions acceptables. Mais nous voulons que les autorités politiques prennent leur responsabilité pour ramener la paix dans notre région« , a-t-il souhaité. Et de renchérir :  » nous sommes des chefs de familles, nous devons préparer l’avenir de nos enfants. Nous ne pouvons pas rester à Bamako à la charge des ONGs et des Associations. Nous voudrions rentrer chez nous et vaquer à nos occupations dans la plus grande quiétude« .

Hamadoun Diallo, venu de Bankass, a abondé dans le même sens. Après avoir salué les efforts des personnes et des organisations humanitaires, il nous livre sa préoccupation : « nous sommes bien pris en charge. Mais ces aides ne peuvent pas être éternelles. Nous voulons rentrer chez nous pour reprendre nos activités.« 

A notre passage au site de Faladiè Grabal, où sont hébergés 324 déplacés  (adultes et enfants), des nouveaux déplacés étaient attendus dans la semaine. Car, à en croire les agents de la Direction régionale du Développement social, le site accueille chaque semaine de nouveaux arrivants. Du camp de Niamana en passant par le Centre Mabilé jusqu’au Grabal de Faladiè, les déplacés, malgré les conditions difficiles, saluent l’élan de solidarité des ONGs et Associations en leur faveur.

Malgré la situation difficile sur certains sites, nos interlocuteurs ont salué la solidarité des associations, les efforts des organisations humanitaires et l’implication des autorités.

Selon le Conseiller technique Abdoulaye Maïga Les déplacés sont au nombre de 147 861 au 15 juillet dernier

elon le ministère de la Solidarité et de la lutte contre la pauvreté, le Mali compte, à la date du 15 juillet 2019, 27.789 ménages déplacés comportant 147.861 personnes. Ils sont repartis comme suit : Bamako: 578 ménages pour 1.819 personnes, Kayes : 220 ménages pour 1.050 personnes, Koulikoro : 423 ménages pour 2.031 personnes, Sikasso : 432 ménages pour 2.598 personnes, Ségou : 4.113 ménages pour 21.589 personnes, Tombouctou : 5.165 ménages pour 28.271 personnes, Gao : 5.508 ménages pour 26.660 personnes, Kidal : 222 ménages pour 890 personnes, Ménaka : 1.775 ménages pour 12.310 personnes et Mopti : 9.351 ménages pour 50.643 personnes.

Le Conseiller technique Abdoulaye Maïga a soutenu que le gouvernement, dès l’arrivée des déplacés à Bamako, a pris des dispositions pour assainir les sites et  offrir des vivres et des non vivres à ces exilés internes.

Ces actions, poursuit-il, ont été soutenues par des organisations de la Société civile dont la Croix Rouge Malienne, des associations religieuses et caritatives ainsi que des agences internationales. Ces actions de solidarité doivent s’accroître et se poursuivre compte tenu des conditions de vie misérables des déplacés, ayant fui leurs localités de résidence au centre du pays pour échapper aux violences et atrocités perpétrées par des milices armées.

Le gouvernement appelle, par ailleurs, les partenaires techniques et financiers à l’aider pour relever les défis sécuritaires.

Dossier réalisé par Abdoul DEMBELE

Source: l’Indépendant