mar. Juin 2nd, 2020

UNE NATION QUI LIT EST UNE NATION QUI GAGNE

 » Le dialogue national inclusif mal parti « 

" Le dialogue national inclusif mal parti "

L’accord pour la paix et la réconciliation du 20 juin 2015, qui n’a jamais fait l’unanimité au sein de la classe politique et de la société civile maliennes, est en passe de mettre en échec  » le dialogue national inclusif  » perçu par nos concitoyens avertis comme l’ultime bouée de sauvetage de la nation en péril.

L’allusion du président IBK  » à discuter certaines dispositions  » dudit accord, dans son traditionnel discours à l’occasion du 22 septembre, en est la cause apparente.

Ce bout de phrase était-il destiné à dissuader le FSD (pôle principal de l’opposition) de se retirer du « dialogue  » si l’une de ses conditionnalités, à savoir une  éventuelle  » relecture  » de l’accord, n’était pas retenue dans les termes de référence définitifs ou IBK a-t-il laissé parler son cœur devant l’évidence de l’inapplicabilité du document après plus de quatre années d’une mise en œuvre qui a fini par déchanter même les optimistes ?

Peut-être les deux à la fois.

Toujours est-il que la CMA (l’ex-rébellion kidaloise) dont la ligne de conduite invariable consiste à saborder le processus de paix pour convaincre la communauté internationale qu’il n’existe pas d’alternative à sa fantasmagorique  » république de l’azawad » s’est saisie de ce qu’elle considère comme un manquement à l’article 45 de l’accord pour annoncer la suspension de sa participation au  » dialogue « .

Du coup le risque est sérieux de voir deux acteurs majeurs absents de ces assises. Au-delà du défaut criard d’inclusivité qui les priverait d’une part substantielle de légitimité, elles ne pourraient prendre en charge la résolution de la crise post- électorale de 2018 et rendraient plus hypothétique encore le rétablissement de la paix au nord, en particulier le rattachement de l’Adrar des Ifoghas au reste du pays, cher aux Maliens de tous bords.

Ces discordances surviennent dans un contexte qu’il n’est pas excessif de qualifier de  » pré-insurrectionnel« . En effet, les défis à l’autorité publique s’enchainent à travers le pays. Partis de Kayes et Koulikoro sous la forme de barricades routières, ils ont vite atteint Tombouctou, Menaka, Gao. Les populations de Bamako s’y sont mises la semaine dernière en fermant à la circulation, par des matériaux de fortune, les voies passant à proximité des décharges publiques. Elles entendent maintenir ce dispositif inhospitalier jusqu’à l’enlèvement des ordures et l’assainissement de leur cadre de vie.

A cause d’un contrôle de vignette banal sous d’autres cieux, un commissaire de police a été lynché à Niono, son corps ensanglanté trainé par terre sous les cris exaltés de ses assassins. Le commissariat a été  saccagé et brûlé.

Il a fallu au Premier ministre Boubou Cissé, jeudi dernier au campus universitaire de Kabala, un calme olympien devant des étudiants furieux qui réclamaient le paiement d’arriérés de bourses. Certains d’entre eux scandaient le mot  » révolution « .

 » La révolution  » il en était aussi beaucoup question, ces derniers jours, au meeting à Kayes de la Plateforme contre la corruption et le chômage (PCC) du Pr Clément Dembélé, qui s’attribue le mérite de l’arrestation du plus gros cotonculteur malien et ami du président IBK, Bakary Togola.

Ce harangueur en diable promet de faire réaliser par un cabinet indépendant l’audit sur cinq ans de la CMDT, d’EDM-Sa, de la Loi de programmation militaire et de faire mener des investigations sur les immeubles cossus de l’ACI 2000. L’objectif est d’identifier d’éventuels propriétaires ministres ou hauts fonctionnaires qui feront l’objet de plaintes auprès du pôle Economique et Financier de l’intraitable procureur Mamoudou Kassogué.

Ce serait un miracle, dans ces conditions, pour le chef du gouvernement dit de mission d’organiser-et de réussir- le référendum constitutionnel envisagé avant la fin de l’année en cours.

Saouti HAÏDARA

Source: l’Indépendant