mar. Mai 18th, 2021

UNE NATION QUI LIT EST UNE NATION QUI GAGNE

Qu’en penses-tu, Seïdina Oumar Dicko ?

Qu’en penses-tu, Seïdina Oumar Dicko ?

Macron, convoque cinq chefs d’Etat du Sahel en France comme au bon vieux temps de la Françafrique et sur un ton gaullien. Ce faisant ne joue-t-il pas à quitte ou double au Sahel ?

De Gaulle avant lui a, en effet, essuyé un « non » tonitruant en Guinée de Sékou Touré, à la suite d’une interpellation des Africains. Mais autre temps, autres acteurs : l’Afrique a bien changé. Si nous n’avions pas changé, nous aurions crié au secours, mais l’Africain a changé, n’en déplaise au président poète Léopold Sédar Senghor qui avait énoncé la plus grande polémique du 20e siècle.  » L’émotion est nègre, comme la raison est Hellène « . Là, on se surprend à entendre Macron  » convoquer  » contre toute  » raison  » cinq chefs d’Etats amis du Sahel à Pau, en France, le 16 décembre. Une date non convenue, apparemment, pour y répondre à une et une seule question, dont la réponse ne fait, cependant, pas de doute dans son propre esprit.  » Souhaitent-ils notre présence ? Ont-ils besoin de nous ?  » S’interroge Macron. Que se cache alors derrière la recherche de ce nouvel adoubement de l’intervention française au Sahel ?  » Leurs réponses seront une condition nécessaire à notre maintien  » clame-t-il, en guise de réponse.

Pour une fois et l’émotion et la raison seront nègre. Émotion (car on est loin de cette assertion de Senghor en 1939) de devoir sous le coup de l’émotion ramper jusqu’à Pau en France, en sachant que l’Afrique et les Africains ont évolué et jugeront leurs présidents à l’aune de leur empressement à répondre aux injonctions aux relents colonialistes de Macron, par un  » oui  » retentissant au maintien de la force française. En même temps ils feront contre mauvaise fortune bon cœur car ils sont placés entre le marteau (de l’émotion) et l’enclume (de la raison ) et donc appelés à savoir raison garder : aucun des pays du G5 sahel  » convoqué  » ne saurait se passer des accords de défense avec la France, encore moins des forces françaises, pour tenir, ne fût-ce que quelques heures, devant les coups de boutoir des djihado-terroristes, qu’ils se nomment Boko Haram, Ansarul Islam, GSIM, EI-GS ou que sais-je encore. Le plus armé et ayant les combattants les plus aguerris, le Tchad, pour éviter le chaos et peut-être le changement de régime, a dû se faire violence et solliciter l’aviation française pour stopper, en février 2019, les rebelles de l’Union des Forces de la Résistance (UFR) aux portes de N’Djamena.

Et qu’en serait-il du Mali où l’Etat ressemble plus à une fiction qu’à la réalité, où l’armée subit chaque jour des revers sanglants face à des bandes en guenilles, abandonnant ses camps devenus indéfendables, où l’espoir d’un sursaut national salvateur devient ténu ? Le Burkina et le Niger, dans une moindre mesure la Mauritanie, pourront difficilement dire  » non  » eux aussi à la force Barkhane car, seuls, ils ne pourront pas faire face aux hordes barbares qui tuent et dépècent à longueur de journée femmes, enfants et soldats, sans discernement d’ethnie, de religion ou de race dans toutes les villes et villages de ces pays. Revenons à Macron. D’où tient-il qu’il y’a  » un sentiment antifrançais  » au Sahel, qu’il ne faut pas confondre avec le sentiment anti-officiels français, qui, lui, est bien réel, trouvant sa motivation dans les frustrations accumulées par les propos insultants et disproportionnés de politiques comme Sarkozy, Fabius ou Juppé, d’officiers comme les Généraux François Lecointre ou Jean Marie Pinatel et de pseudo-spécialistes sur les chaînes françaises largement et béatement ouvertes à eux pour raconter leurs contre-vérités, voire leurs fadaises. A ceux-là, il faut ajouter le rapprochement, encore récent à Kidal, avec les ex-rebelles HCUA, MNLA, difficilement dissociables des terroristes, aux yeux de la majorité des Maliens, par leur modes opératoires, leur pratique religieuse singulière et leur incapacité à s’insérer dans une organisation pour constituer le creuset de l’édification d’une conscience nationale. Donc, soyons nets : pas un Malien, pas un Sahélien n’a un quelconque reproche vis à vis des Français, qui vaquent tranquillement à leurs occupations, depuis des lustres, partout au Sahel.

Le ressentiment actuel est vis-à-vis de la France officielle et de ses errements au Sahel, comme son entêtement à maintenir une entité, Kidal, en dehors du giron national malien, contre toute logique et toute règle, avec le risque de déteindre sur le Niger présentant la même configuration géopolitique. Une fois cette question, du maintien des troupes françaises au Sahel résolue à Pau, pourvu que nos chefs d’Etats puissent exiger de la France à éclairer, à son tour, ne fût-ce qu’à voix basse, les points ambigus de sa géopolitique au Sahel, notamment au Mali, le statut de Kidal, qui pourrait enlever une épine aux pieds d’IBK dont la situation est aujourd’hui très fragile au Mali.  » Nous avons besoin d’être rassurés sur l’intégrité effective pleine et entière de notre territoire  » peut-on lire sur les réseaux sociaux. Par ailleurs,  » l’accord réfléchi à l’extérieur, ramené autour d’une table entre quelques personnes, sans l’approbation de la grande majorité des Maliens, ne marchera pas « , écrit un autre. Et c’est là où nous en sommes : aider le Mali à revoir les dispositions inapplicables de l’accord dit d’Alger dans l’espoir d’en garder ce qui peut être réellement utile au Mali unifié et aux Maliens.

Senamarou@yahoo.fr