mar. Mar 31st, 2020

UNE NATION QUI LIT EST UNE NATION QUI GAGNE

2020, entre bonnes résolutions et vœux pieux ?

2020, entre bonnes résolutions et vœux pieux ?

Ces trois dernières années, les Maliens ont cultivé le reflexe de souhaiter, tout le long de l’année,  » que Dieu sauve le Mali « . Au sortir d’une année 2019, véritablement dramatique, avec son cortège d’attaques jihadistes, dont l’indice meurtrier est allé crescendo, où, jamais, le péril terroriste  n’a été aussi pesant et proche, les vœux ardents pour le nouvel an devraient, à l’évidence, être formulés pour la fin de la crise sécuritaire, le retour à la paix. Vœux pieux ?

Les pronostics les plus optimistes n’envisagent pas, à moyen terme (les dix prochaines années), le retour à une situation sécuritaire contrôlée par les pays sahéliens et leurs partenaires.

Les spécialistes onusiens et européens nous l’ont seriné à chaque frappe des terroristes et nous y avons trouvé comme une sorte d’alibi à nos carences techniques, que  » la guerre contre le jihadisme est une guerre asymétrique, qui n’obéit à aucune règle. L’ennemi vit parmi nous, est insaisissable et frappe, indistinctement, civils et militaires « .

Ces lapalissades nous sont servies, depuis quelques années, et devraient encore, sans doute, se poursuivre en 2020, pour justifier le prix du sang qui sera prélevé au Sahel, au nom d’une guerre devenue une crise de rente, qui enrichit marchands et trafiquants d’armes, représentants et troupes de l’ONU, trafiquants et dealers de drogues, ex-rebelles, qui tirent de substantiels revenus du chantage exercé sur un Etat pusillanime.

L’Europe, puissamment appuyée par l’Amérique, peut-elle avoir oublié  qu’elle a pris le dessus sur l’effroyable armée hitlérienne en combinant guerre classique et guerre asymétrique (dont de pseudo-experts en arts militaires voudraient faire, aujourd’hui, leur fonds de commerce) ?

Tous les récits relatifs à ce conflit mondial (rapportés par les livres, les films documentaires et de fiction, les acteurs directs et autres témoignages) sont unanimes à soutenir que le Renseignement militaire n’a jamais été aussi pointu et imaginatif que lors de la 2è Guerre mondiale. Qu’il a été l’Arme fatale qui a permis d’anticiper et de déjouer les plans et objectifs diaboliques d’Hitler.

Les fameuses répétitions (ou coïncidences) de l’Histoire nous incitent ainsi à tirer des enseignements de la manière dont a été gagné le combat contre le monstre allemand pour les appliquer (toutes proportions gardées) à la lutte contre l’hydre terroriste.

L’application à bon escient d’une tactique de guerre, reposant pour une large mesure, sur l’infiltration des sanctuaires jihadistes (bien connus des services de renseignements) devrait logiquement accroitre l’efficacité des armées sahéliennes, semer le doute dans le camp ennemi et y créer une forme de psychose, qui finirait par le pousser à multiplier les fautes.

Cette chronique n’émane pas (loin s’en faut) d’un expert ou spécialiste de l’art militaire, il a toutefois la prétention de soutenir que s’il existe des chances de bouter le terrorisme hors du Sahel, elles doivent être jouées sur la stricte surveillance du territoire et le retour de boomerang aux tacticiens de la guerre de l’ombre.

Le retour à la paix au Mali et le recouvrement de l’intégrité territoriale ? Ils sont tributaires de l’efficacité de la guerre contre le terrorisme.

Kidal est au centre de ces deux quêtes. Depuis les révélations de l’ancien ambassadeur de France au Mali, Nicolas Normand, il est devenu clair que cette ville est à la fois l’épicentre d’un gros trafic de drogues et d’armes et un refuge pour les terroristes. Et, surtout, que la France y pratique un jeu d’embrouilles, qui suscite jusqu’à présent des interrogations sur la nature véritable de ses relations avec les ex-rebelles

La voix du diplomate français s’est fait discrète depuis mais le relais a été pris par le président nigérien, qui s’est déparé de la langue de bois diplomatique pour accuser Kidal d’être à l’origine d’entreprises de déstabilisation visant notamment son pays et  rappeler le Mali à ses responsabilités d’encadrement de la ville rebelle.

Si les Maliens ont, à l’heure actuelle, peu d’emprise sur la crise sécuritaire, ils ont, par contre, les coudées franches pour impulser de véritables changements dans le fonctionnement du pays.

Le récent Dialogue National Inclusif, qui a réuni, comme à l’accoutumée, des participants pleinement conscients des véritables enjeux d’un tel forum, les coureurs impénitents de per diem et ceux qui essaient de voir clair, a abouti à des résolutions attendues, pour être en prise directe avec des situations largement et péniblement vécues  par les Maliens.

Ereinté par les épreuves d’une sombre année 2019, le peuple du Mali veut bien voir en ces résolutions le sésame pour accéder à une année 2020 conforme à ses vœux.

La légitime aspiration à une vie politico-institutionnelle normalisée (la mise en place d’une nouvelle Assemblée Nationale, la révision constitutionnelle, notamment), à la sécurité retrouvée et à la paix (redéploiement sur l’ensemble du territoire national des forces de Défense et de Sécurité, relecture de certaines dispositions de l’Accord pour la paix et la réconciliation) ne réalisera qu’à la condition d’une mobilisation et d’une vigilance accrues des Maliens, tout le long de la nouvelle année.

Pour faire que 2020 soit l’année d’amorce des changements profonds souhaités : la mise en place effective de la nouvelle AN, une révision constitutionnelle qui permette l’élaboration d’un document de référence à la mesure de visions et pratiques démocratiques conformes aux exigences d’une société du 21è siècle; l’équipement effectif et adéquat des FAMAs pour accompagner, dans la dignité, le redéploiement de la nouvelle armée reconstituée et de l’Administration sur l’ensemble du territoire national ; la relecture de certaines dispositions de l’Accord pour la paix, devant s’effectuer sans céder à un quelconque chantage susceptible de conduire à un renoncement, même partiel de notre territoire.

La lutte contre la corruption, l’enrichissement illicite et la prévarication, entre autres, qui n’en est qu’à ses effets d’annonce, doit passer le cap crucial des jugements, pour offrir aux Maliens des références nécessaires à un combat tenace, sans concession, contre un mal qui a gangréné notre société au-delà de ce l’on peur imaginer.

Alors, Bonne et Heureuse Année 2020 au Mali ?

koumate3@gmail.com

Source: l’Indépendant