mer. Jan 22nd, 2020

UNE NATION QUI LIT EST UNE NATION QUI GAGNE

Qu’en penses-tu, Seïdina Oumar Dicko ?

Qu’en penses-tu, Seïdina Oumar Dicko ?

Guillaume Soro, ex-premier Ministre et ex-président de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire, fervent chrétien, empêché de rentrer chez lui, après six mois d’absence, est-il en train de méditer ce précepte biblique extrait de l’Évangile selon saint Matthieu :  »Quiconque se sert de l’épée périra par l’épée  » ?

En effet, un mandat d’arrêt international a été émis contre lui lundi dernier en Côte d’Ivoire, pour tentative de déstabilisation, détournement et blanchiment d’argent. Soro Guillaume, qui, sans état d’âme, a abandonné de nombreux proches au cours de sa marche, comme Ibrahim Coulibaly  »IB », n’apprend-il pas, à ses dépens, la leçon de l’histoire dans l’autre sens ? Ce fringant jeune homme, de moins de 50 ans, aura connu  »les mille vies du chat » telles que décrites dans le livre de Brigitte Bulard-Cordeau et Nathalie Semenuik. « Le chat, depuis toujours, accompagne les hommes : tantôt vénéré, tantôt honni, il est aujourd’hui une figure incontournable de nos foyers. Ce fascinant individu est à l’origine de nombreux mythes et légendes », écrivent-elles, comme se référant à la vie tumultueuse de l’ancien leader de la Fédération Estudiantine et Scolaire de Côte d’Ivoire.

Cette FESCI qui a coupé le sommeil aux chefs d’Etat ivoiriens (depuis Houphouët-Boigny, jusqu’à Gbagbo en passant par Bédié) et qui, dans les années 80, a donné le ton à la transformation, dans les pays voisins, des mouvements syndicaux estudiantins en mouvements politiques. Ayant troqué son cartable contre la kalachnikov, le  » Calao sénoufo », autre nom de Soro, aurait le ventre plein de secrets et ne se priverait plus de les déballer. Chef d’une rébellion (pour la bonne cause, disent certains), contre cette Ivoirité, entre autres, et les nombreuses dérives et discriminations qu’elle a occasionnées, Soro Guillaume donne aussi l’image de celui qui a été de toutes les batailles contre la  » sous-ivoirité  » des populations du Nord, dont il est issu, et dont les patronymes se confondent avec ceux des pays voisins, comme le Burkina Faso, le Mali, voire la Guinée et le Niger.

A ce titre, il a bénéficié de la sympathie et des bénédictions de tous ces  » oubliés  » de l’ivoirité, y compris le plus célèbre d’entre eux, le président Alassane Dramane Ouattara, dont il a contribué à asseoir la réputation d’intégrité et de bon gestionnaire. Son rôle de chef de la défunte rébellion nordiste et sa nomination par Gbagbo comme Premier ministre, après les accords de Ouagadougou de 2007, lui ont conféré une assise politique. C’est à ce titre qu’on le retrouve aux côtés des personnalités cloîtrées au Golfe en 2012. Ces choix étaient difficiles, il faut le reconnaître, mais Guillaume les a assumés à l’époque, en se séparant de compagnons aux positions ambiguës. D’ici, sa nomination par Ouattara au poste de Premier Ministre est apparue comme une forme de reconnaissance et son avènement à la tête de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire comme une complicité. Personne n’imaginait que le député de Ferskessédougou aurait cherché davantage, vu les accords entre le RDR et le PDCI originel pour le passage de témoin après le deuxième mandat de Ouattara. Le désaccord Ouattara-Bédié, la libération sous conditions de Gbagbo et de son lieutenant Blé Goudé par la CPI sont venus bouleverser la donne, mettant en exergue, de façon inattendue, les ambitions du jeune loup Soro, épaulé par des inconditionnels. Lesquels souhaitent un bouleversement de l’échiquier politique ivoirien avec le départ des trois dinosaures : Ouattara, Gbagbo et Bédié.

L’arrivée de jeunes cadres émergents de tous les partis d’envergure est ainsi exigée par cette frange d’Ivoiriens. Guillaume a voulu surfer sur ce vent nouveau qui souffle de partout dans le pays. En outre, dès son décrochage du RDR, Soro, nous semble-t-il, est allé trop vite et trop en avant dans les révélations et les menaces à peine voilées contre le régime. Cela correspond bien à l’homme qui a toujours combattu le couteau entre les dents et s’est exposé ainsi aux coups de ses adversaires, peu oublieux de ses hauts faits de rebelle et d’ancien putschiste.

Les amis communs des deux hommes, qui leur connaissent nombre de choses en partage, s’activent à trouver un terrain d’entente entre eux, tout en mesurant leur fossé qui se creuse. A l’évidence, Soro fait partie des hommes politiques qui ont une vie de chat. Or, chez nous, on dit que les chats ont une vie multiple. Les faits à lui reprochés sont loin d’être anodins ; cependant, exhumés, ils ont besoin d’être étayés par des preuves tangibles, qu’attendent avec impatience les amis et adversaires de l’ex-PM, mais aussi les défenseurs des droits humains.

Les autorités judiciaires ivoiriennes ont, de leur côté, commencé à dévoiler  » les preuves » à charge contre Guillaume, ce fascinant individu, comme le chat,  » héros de nombreux mythes et légendes ». Ce qui est certain, avec cet homme, même gêné aux entournures, la bataille politique est loin d’être terminée.

Senamarou@yahoo.fr

Source : l’Indépendant