dim. Avr 5th, 2020

UNE NATION QUI LIT EST UNE NATION QUI GAGNE

Qu’en penses-tu, Seïdina Oumar Dicko ?

La multiplication des cas de féminicides, des assassinats crapuleux et sacrificiels commis par des jeunes, aussi bien à Bamako qu’en province et la montée en puissance des jihadistes qui recrutent parmi eux ne démontrent-ils pas à suffisance le désespoir actuel de la jeunesse ?

Ce désespoir est réel et peut avoir des conséquences insoupçonnées.

Pau et ses résolutions, consignées dans une Déclaration commune, ont beaucoup évoqué le terrorisme, l’extrémisme violent et les moyens d’y faire face. Or, le terreau du terrorisme et de l’extrémisme violent est dans le désespoir des jeunes. Pau l’a omis ! Mettant l’accent sur le mal, le remède mais pas les causes.

Daniel Balavoine, Auteur – Compositeur français mort le 14 janvier 1986 entre Gourma Rharous et Gossi (au Mali), auteur de  » SOS d’un terrien en détresse « , leader de la jeunesse française dans les années 80 se rappelait- il cet adage d’Albert Camus sur le désespoir :  » On fait la guerre avec le désespoir de ceux qui ne veulent pas la faire?  »

Interpellant François Mitterrand lors d’un débat en 1980, hélas, non identifié mais conservé à l’INA de Paris, Balavoine attire l’attention du premier socialiste français de l’époque sur les méfaits du désespoir chez les jeunes.  » Le désespoir est mobilisateur et lorsqu’il est mobilisateur, il devient dangereux et entraîne le terrorisme.

Précisons qu’il parlait de la France avant l’arrivée de Mitterrand et que ce qu’il dit de cette époque (1980) collerait facilement à notre pays où le terrorisme gagne du terrain, son rang grossit tous les jours. Le désespoir y est pour quelque chose. En effet, les statistiques les plus optimistes donnaient 400 jihadistes autour d’Iyad Ag Ghali classé terroriste après s’être reconverti au salafisme et abandonné son masque de rebelle et d’ancien diplomate dans les années 2010.

Aujourd’hui, les effectifs terroristes se sont étoffés et les groupes démultipliés qui ont recruté d’abord parmi les desperados du Nord après les replis tactiques des FAMas en 2012 et la conquête des grandes villes du Nord muselées et placées sous l’autorité des juges islamistes et de leurs supplétifs, recrutés parmi les populations locales, noires et blanches. Cet épisode douloureux a duré plus d’un an, marqué par les lapidations, les flagellations, les viols et les massacres massifs sous l’œil indulgent des groupes rebelles si ce n’est avec leur complicité effective. Les groupes armés, qui écumaient alors le pays, étaient constitués globalement d’anciens rebelles, de jeunes désœuvrés des banlieues pauvres et placés dans la rue, des anciens étudiants des medersas envoyés dans les plus grandes universités du monde arabe et exclus du système scolaire majoritairement francophile. Mais aussi des jeunes francomaliens et africains radicalisés en Europe et au Moyen-Orient. S’y ajoute la mauvaise gouvernance des politiques boulimiques arrivés au pouvoir, contre toute attente, après une révolution pleine d’espoir pour le Mali en mars 1991.

Aujourd’hui, ce serait intéressant de savoir comment les maires se sont accaparés des terres de l’Etat sans que l’on ne lève le petit doigt ? Tout comme il serait intéressant aussi de savoir comment l’argent des contribuables, sorti largement par des déprédateurs et parfois légalement pour servir des causes nobles, comme la défense, la sécurité, la santé, l’éducation pour ne citer que les secteurs qui assurent le développement, a pu être détourné de ses causes pour atterrir dans des immeubles huppés au Mali et à l’étranger?

Comment l’Etat peut- il être absent dans l’instauration d’une justice saine, d’une éducation solide qui façonne les Maliens de demain, dans la construction / restructuration d’une armée moderne malgré les moyens colossaux déployés?

Pis, comment des responsables élus peuvent s’adonner à la cure de jouvence avec de telles sommes alors que la guerre sévit avec son cortège de morts ?

L’explication est peut- être évoqué par Montesquieu  » les peuples ont le dirigeant qu’ils méritent.  » Les Soudanais ont été de tous les combats, ont généré des hommes politiques d’envergure, écoutés et respectés dans tous les foras africains et internationaux. Ils ont été brutalement écartés de la scène politique. En lieu et place certains parmi leurs tombeurs ont été surpris en train de faire la queue pour aller voir une vedette africaine à Paris, quand ce n’était une course effrénée pour les 4 V (Villas, Vergers, Voitures, Virements) condamnées par un certain chanteur engagé, Salif Keita, qui n’en est donc pas à un cas de dénonciation près.

Et quand les portes du multipartisme se sont ouvertes, que la capitale et certaines grandes villes se sont métamorphosées, revigorées par des routes superbes dotées d’échangeurs et des monuments historiques qui fleurirent, l’espoir a germé et la voix malienne est redevenue une voix qui compte au point de refuser l’invitation de Chirac, le tout- puissant président de la France, à le retrouver à Dakar. Un refus à une convocation saluée par l’Afrique toute entière, débout et ragaillardie. Il est vrai que les contextes diffèrent, mais aujourd’hui notre voix est inaudible, nos grandes victoires ne sont connues que de nous-mêmes.

Ainsi va le Mali (pardon Kouyaté !) après la rencontre de Pau aux résultats mitigés, où l’accalmie très trompeuse, qui prévaut, est due aussi bien à l’émiettement stratégique des forces jihadistes qu’aux actions combinées de Barkhane et du G5 Sahel sur le terrain.

senamarou@yahoo.fr

Source : L’indépendant