lun. Oct 19th, 2020

UNE NATION QUI LIT EST UNE NATION QUI GAGNE

Riposte au coronavirus sur le corridor Bamako-Ouaga, après un premier décès enregistré au Burkina Faso: La police, la gendarmerie et la douane attendent d’être mieux outillées- Les voyageurs traversent dans les deux sens sans aucun contrôle sanitaire

De Bamako à Ouagadougou, par la frontière Hérèmakono/Koloko, la première impression qui frappe le voyageur est le manque quasi total de contrôle sanitaire à ce poste frontalier. Comme si des devins avaient prédit que le coronavirus ne passerait pas par là. Alors qu’il y va de la sécurité nationale autant sinon plus que la lutte contre le terrorisme à laquelle nos deux Etats sont également confrontés.

La pandémie qu’on peut désormais appeler, sans risque de se tromper, la  » maladie du siècle  » vient d’enregistrer un premier cas de décès en Afrique subsaharienne, en la personne, selon la presse burkinabè, de la députée burkinabè Rose Marie Compaoré, victime du Covid19 dans la nuit du 17 au 18 mars 2020, dans un hôpital de Ouagadougou. La défunte était âgée de 62 ans. Dans un point de presse, le 18 mars dernier, le Coordinateur national burkinabè de la riposte à l’épidémie, l’infectiologue Pr. Martial Ouédraogo a déclaré que le nombre de malades est passé de 20, le 16 mars dernier, à 27 (15 femmes et 12 hommes) à la date du 18 mars 2020.

Il a aussi révelé qu’un premier cas venait d’être déclaré à Bobo-Dioulasso, importante agglomération située non loin de la frontière avec le Mali.

A l’intention notamment des sceptiques, Pr. Ouédraogo a martelé :  » le Covid-19 est une maladie très contagieuse, potentiellement mortelle et qui n’a, pour le moment, qu’un seul traitement : la prévention « . Un message qui vient démentir toutes ces fausses informations qui tendent à faire croire (encore !) que le  » coronavirus n’attrape la peau noire  » ou que  » le virus ne soit pas capable de résister à la forte chaleur de nos pays « .

En réponse à une question relative à une éventuelle fermeture des frontières terrestres et aériennes, le ministre burkinabè de la Communication, Remis Fulgance Dandjinou dira, au cours du même point de presse, que  » la fermeture des frontières n’est pas la panacée « . Il a toutefois tenu à souligner que s’il y a lieu de les fermer, le gouvernement le fera.

S’agissant de la situation et des comportements des voyageurs sur l’axe routier interEtats Bamako-Ouaga, que nous avons emprunté au cours de ce déplacement, l’on ne sent pas du tout que la menace de cette pandémie est dans l’air, suspendue sur nos têtes comme une épée de Damoclès.

A Bamako, à la gare de la compagnie de transport – cellelà que nous avons empruntée se trouvant à Faladié -, aucune disposition n’est prévue pour l’accueil du voyageur. Les agents – portiers, bagagistes…- directement en contact avec les passagers portaient des cache-nez mais pas de gants. Ni à l’entrée ni dans la cour, aucune disposition n’est prise pour le lavage des mains au savon, encore moins pour la disponibilité du gel hydro-alcoolique ou la présence d’un agent pour la prise de température. A l’appel, les passagers font la queue leu- leu, en rangs serrés, pour entrer dans le car. Là, nous constatons que le chauffeur et son apprenti portent chacun un cache-nez. Ce qui est loin d’être le cas chez les voyageurs.

Une application ferme des mesures prises notamment par les compagnies de transport

Sur cet axe routier très fréquenté, l’on a rarement vu – sinon pas du tout – un agent des services de sécurité – police, douane ou gendarme – qui portait un masque ou des gants au moment du contrôle des pièces d’identité ; alors même que cette opération avait commencé dès l’entrée de Bougouni. Mais arrivés à la frontière Mali-Burkina, à Hérèmakono, nous avons été agréablement surpris de voir que l’agent monté à bord du car pour le contrôle des pièces d’identité portait un masque, mais pas de gants. Ses autres collègues, assis tranquillement sous un hangar, n’en portaient pas alors même qu’ils semblaient poser des questions à un expatrié assis parmi eux.

Du côté opposé, l’on voyait un agent de santé procéder à la prise de température des passagers venant du Burkina Faso avec un termo-flash. Apparemment le seul appareil disponible sur les lieux.

Mais nulle part, de Bamako à Ouaga, il nous a été donné l’occasion de voir des kits sanitaires destinés au lavage des mains qui, pourtant ne nécessitent pas un gros investissement. Quant aux agents de l’Etat, à part une petite poignée, ils ne portent ni cache- nez, ni gants. Aux différents postes de sécurité aussi où l’on observe chaque fois des arrêts, aucune disposition n’est visible pour les voyageurs qui souhaiteraient laver leurs mains au savon.

Dans les cars en partance ou en provenance du Mali et chez les conducteurs de camions, aucune mesure particulière n’est prise à l’intérieur pour se protéger du Covid-9.

D’ailleurs, d’après notre voisin, il suffirait tout simplement d’enduire les narines de l’huile de karité pour se protéger du coronavirus ! Dans ce bus de 75 places occupées en majorité par des passagers de nationalité malienne, une dizaine de personnes portaient un masque et trois seulement parmi celles-ci avaient le gel hydro-alcoolique qu’elles partageaient de temps de temps avec d’autres voyageurs.

C’est dire combien le montant de 6,3 milliards F CFA, mis en place par le président de la République et destiné à la lutte contre le coronavirus, est attendu pour faire face à la lutte contre le Covid-9. A espérer aussi que notre pays ait son Coordinateur national le plus rapidement possible et une équipe pluridisciplinaire – avec une représentation forte du secteur privé – pour organiser la prévention et une éventuelle lutte contre cette pandémie.

Pour revenir à Ouaga, disons que malgré la situation qui prévaut, ici les uns et les autres vaquent tranquillement à leurs occupations. Les rares motocyclistes qui portent le cachenez semblent le faire pour des besoins de se protéger de la poussière plutôt que du coronavirus.

Malgré cette situation, l’on note déjà un manque criard de masques dans les pharmacies et dans les marchés tant à Ouaga qu’à Bobo. Dans les bars et restaurants, dans les marchés, le citoyen lambda continue à croire…que  » ça va pas passer « . Espérons-le. Mais en attendant, respectons les mesures édictées par nos autorités dans le cadre de la prévention contre cette maladie du siècle. Laquelle l’humanité est appelée à vaincre absolument.

Mamadou FOFANA Depuis Ouagadougou

Source : l’Indépendant