lun. Oct 26th, 2020

UNE NATION QUI LIT EST UNE NATION QUI GAGNE

Un dimanche de Pâques en confinement, une première dans l’histoire de l’Église

Églises vides, le pape François seul sans fidèles dans la Basilique Saint-Pierre pour la messe de Pâques, pas de bénédiction « urbi et orbi » au balcon comme le veut la tradition : ce dimanche de Pâques confiné pour pandémie restera une première dans l’histoire de l’Église.

Des millions de catholiques ont célébré samedi soir la veillée pascale, qui rappelle, selon la Bible, la résurrection de Jésus. Pâques est la fête majeure du calendrier liturgique chrétien, une fête joyeuse. Le dimanche de Pâques rassemble traditionnellement les fidèles, c’est ce jour-là que les pratiquants occasionnels choisissent de venir à l’église. Et ce week-end de trois jours est aussi pour tous l’occasion de retrouvailles familiales et amicales.

Mais avec le Covid-19, la fête de Pâques rime cette année avec un sentiment d’isolement, notamment chez les personnes âgées et aussi pour tous avec un sentiment d’anxiété. Samedi soir, les veillées étaient retransmises à la télévision ou sur les réseaux sociaux. Comme celle présidée par le pape François dans une basilique Saint-Pierre déserte, témoigne notre correspondant à Rome, Éric Sénanque.

C’est dans une basilique baignée par l’obscurité que la cérémonie a commencé, le souverain pontife tenant un cierge qu’il a allumé, signe de renaissance, de passage de la mort à la vie, symbolisé, comme le célèbrent les chrétiens par la résurrection du Christ. « Cette année, nous percevons plus que jamais le samedi saint, le jour du grand silence » a dit le pape lors de son homélie, faisant une allusion claire à la pandémie mondiale de coronavirus. « Cette nuit, cependant, a-t-il poursuivi, nous conquerrons un droit fondamental, qui ne nous sera pas enlevé : le droit à l’espérance. »

Le pape a encouragé les chrétiens à annoncer la vie dans un monde marqué par la mort et les destructions : « Faisons taire le cri de mort, ça suffit les guerres ! Que s’arrête la production et le commerce des armes, parce que c’est de pain et non de fusils dont nous avons besoin. Que s’ouvrent les cœurs de ceux qui ont, pour remplir les mains vides de ceux qui sont privés du nécessaire. »

François a évoqué aussi les avortements qui « tuent la vie innocente ». Dans une basilique enfin illuminée, François a rappelé que les chrétiens étaient « des pèlerins d’espérance » qui se serraient contre Jésus ressuscité, qui tournaient le dos à la mort.

Un dimanche pascal confiné

Sur le plan du culte, la messe de ce dimanche sera suivie à travers le monde à la télévision et sur les écrans d’ordinateur, les messes télévisées qui ont d’ailleurs explosé leur record d’audience pendant le carême

Solitude des fidèles, solitude des prêtres aussi, c’est une Pâques inédite dans l’histoire de l’Église où dans des temps anciens d’épidémie on conjurait le sort par des processions. Aujourd’hui internet permet vivre sa foi en ligne relié avec d’autres. Et la Pâques 2020 devrait rester dans les annales de l’Église comme la Pâques 2.0.

À Rome, à midi (10h GMT), le pape rejoint, en temps normal, la loggia du palais apostolique pour son allocution de Pâques puis sa bénédiction Urbi et Orbi, « à la ville de Rome et au monde ». Livrant à chaque fois un tour d’horizon des zones de conflits de la planète. Cette année, François respectera le strict confinement ordonné en Italie et à la Cité du Vatican, en restant dans la basilique Saint-Pierre entouré d’un minuscule groupe de célébrants, les fidèles pouvant le suivre sur Mondovision ou sur internet.

♦ Reportage :  des confessionnals itinérants en Pologne

En Pologne, les fêtes de Pâques sont encore plus importantes que Noël. Dans ce pays d’Europe très pratiquant, se retrouver en famille pour le repas traditionnel du dimanche, ou pour tout le week-end, est fortement déconseillé. Bien que pas interdit par les autorités. En cette période pascale, les Polonais ont aussi l’habitude d’aller se confesser, mais comme les églises sont fermées, entre les messes, des prêtres se sont installés sur les parkings de leur paroisse. On peut se confesser auprès d’eux, tout en respectant les distances sanitaires de sécurité.

De notre correspondant à Varsovie,  Thomas Giraudeau

Un prêtre, assis sur une chaise, au milieu d’un immense parking, et devant lui, une voiture avec à son bord un fidèle en train de se confesser à travers la vitre. Devant cette immense église, on se croirait presque au drive d’un fast food.

Natalia, une jeune femme, est dans la file d’attente. « C’est sûrement bizarre, inhabituel, mais c’est super qu’on ait cette possibilité, se réjouit-elle. Cela me stressait d’aller dans un confessionnal traditionnel dans l’église, à cause du coronavirus. Ici, on est en plein air. C’est vraiment l’une des meilleures solutions. »

C’est au tour de Rafal, un père de famille, de se confesser, à la vu de tous, mais suffisamment loin des autres fidèles pour ne pas être entendu.

« Je pense que la distance est suffisante pour pouvoir se confier, dit-il. Les prêtres, ici, sont créatifs dans la situation que nous vivons aujourd’hui. La confession est fondamentale durant la période de Pâques, donc c’est vraiment bien de pouvoir l’accomplir quand même. »

« Nous avons un très grand parking devant l’église, autant l’utiliser », s’amuse le père Bartosz Kuczmarski. « Je dirais qu’il n’y a pas de différence avec une confession traditionnelle, ajoute-il. Quelqu’un vient se délivrer de ses péchés et Dieu le réconforte. Mais je comprends que beaucoup de gens puissent se sentir mal à l’aise parce que là, ils parlent au prêtre en face-à-face. »

Se confesser via Internet ou par téléphone est interdit, alors l’initiative, ici, a du succès. Le père Kuczmarski vient de confesser 50 fidèles en quatre heures.


 Toutes les processions suspendues en Espagne

La semaine sainte est une tradition extrêmement ancrée dans la culture populaire et religieuse du pays. Cette année, avec la pandémie du coronavirus, toutes les processions ont été suspendues, et les autorités religieuses ont même anticipé la décision du gouvernement lié à l’état d’urgence. Des autorités religieuses qui disent qu’il n’y a rien de plus important que le « respect de la vie humaine ».

Il faut remonter aux années 1930 du siècle passé pour trouver la trace de semaines saintes annulées en Espagne. La deuxième République connaît alors une vague d’actions anticléricales violentes, d’où le fait que surtout en 1932 et 1933 nombre de cérémonies et de défiles religieux avaient été suspendus dans tout le pays, et notamment à Séville, où les processions de la Semaine sainte sont emblématiques et attirent des milliers de visiteurs chaque année. C’est le coronavirus qui cette fois en est le responsable. Pas une seule procession n’aura lieu. Il n’y a que deux exceptions : la Légion espagnole rendra un hommage religieux au Liban.

Et d’autre part, les membres d’équipage du Juan Sebastian Elcano, un navire militaire parti en novembre et qui accostera ce dimanche à Pontevedra, en Galice, porteront une Vierge sur leurs épaules à bord. Le bateau lui-même en effet considéré territoire national. Pour le reste, la télévision publique RTVE, ainsi que la Trece, la chaine de l’épiscopat espagnol, retransmettront des messes et des processions, non pas celles de l’an dernier, qui avaient été en bonne partie gâchées par la pluie, mais celle de 2018.

♦ Aux Etats-Unis, des églises maintiennent les messes de Pâques

Les Etats-Unis comptent désormais le plus grand nombre de décès liés au Covid-19 dans le monde, dépassant l’Italie qui était jusque-là le pays le plus touché. Malgré ce bilan meurtrier et la hausse continue des cas de contamination, dans certains Etats américains, des églises maintiennent les messes de pâques et appellent les fidèles à venir communier.

Avec notre correspondante à New York, Loubna Anaki

Alors que la majorité des églises américaines ont prévu des messes virtuelles, certains pasteurs ont décidé de défier les mesures de confinement et les interdictions de rassemblement.

A Baton Rouge, en Louisiane, un pasteur évangélique dit attendre une foule de 2 000 personnes ce dimanche. « Le diable et le virus ne nous arrêteront pas. Dieu nous protègera », a dit le Révérend Tony Spell.

Ce n’est pas la première fois que ce pasteur fait parler de lui. Il y a deux semaines, il avait déjà été arrêté pour avoir organisé des messes en personne et enfreint l’interdiction des rassemblements de plus de 50 personnes en vigueur en Louisiane.

En l’absence d’une politique commune sur tout le territoire américain, chaque Etat se retrouve ainsi avec une ambiance de Pâques différente. Exemple dans l’Indiana où le gouverneur a donné l’ordre aux églises de rester fermées alors qu’en Géorgie, la décision d’ouvrir ou non est laissée à l’appréciation personnelle de chaque leader religieux.

Dans le Kentucky, les autorités ont prévenu que toute personne qui se rendrait à une messe devra se mettre en quarantaine pour 2 semaines. Face à la propagation de l’épidémie de Covid-19 aux Etats-Unis, beaucoup craignent que le non-respect des mesures de distanciation lors de ce week-end pascal provoque une hausse encore plus importante dans les cas de contamination.

Source: Rfi.fr