mar. Nov 24th, 2020

UNE NATION QUI LIT EST UNE NATION QUI GAGNE

La CEDEAO pour épargner au Mali une crise de la transition

Après la longue crise socio-politique et institutionnelle qui a fini par emporter, le 18 août dernier, « le régime incompétent et corrompu  » du président IBK, voici venir une crise de la transition. Elle découle de ce que le CNSP a renié sa promesse faite dans sa proclamation du 19 août de  » mettre en place une transition civile « . Dans l’Acte fondamental qu’il a fait insérer dans le Journal Officiel le 24 Août, son président, le colonel Assimi Goïta, est présenté à la fois comme président de la transition et chef de l’Etat.

Ce revirement inattendu a été perçu par le M5-RFP, véritable artisan de la mise à bas du système, comme une tentative de lui voler sa victoire acquise au prix du sang de ses 23  » martyrs  » les militaires n’ayant fait que  » parachever  » son œuvre. Venant s’ajouter à des manœuvres visant à le marginaliser en le confondant à des acteurs moins importants, il a fait dire à l’imam Mahmoud Dicko, que lui et ses amis  » n’entendent pas donner carte blanche au CNSP pour faire ce qu’il veut ». Ça n’est pas encore une déclaration de guerre mais ça lui ressemble.

Or, dans l’état de fragilisation extrême où il se trouve, le Mali survivrait difficilement à une nouvelle confrontation de rue entre une partie de la population et l’armée.

Paradoxalement c’est la CEDEAO qui pourrait épargner cette sombre perspective au pays. L’organisation ouest africaine, depuis le rassemblement historique du 5 juin, s’est fortement impliquée dans la recherche d’une issue à la crise malienne ne passant pas par la rupture constitutionnelle, contraire à ses idéaux et mode de fonctionnement. Cela lui a valu d’abord l’hostilité des animateurs du M5-RFP déterminés à obtenir  » la démission d’IBK et de son régime  » par la mobilisation populaire et  » la désobéissance civile « , ensuite celle du CNSP lorsque les colonels de Kati ont jugé le moment propice pour donner leur chiquenaude.

Faute d’avoir pu arrêter la machine anti-IBK lancée à plein régime, elle s’est vue contrainte de recourir au déploiement du dispositif prévu par ses textes, notamment l’Acte Additionnel sur la Démocratie et la Bonne Gouvernance, en pareilles circonstances. Le Mali est sous un triple embargo économique, commercial et financier qu’il ne pourra pas supporter longtemps.

A cette sanction contraignante sont venues se greffer les nouvelles exigences communautaires liées à la gestion de la transition : celle-là doit être  » civile » et de courte durée, ne dépassant pas douze mois. Elles dérangent les plans de ceux qui, au sein du M5-RFP comme du CNSP, veulent détourner la transition de sa vocation classique  » d’assurer le passage d’un état ou ordre ancien à un état ou ordre nouveau, au moyen des élections  » pour en faire un régime d’exception prolongé doté d’un programme de  » refondation de l’Etat « . Lequel requerrait infiniment plus de moyens et de temps que le Mali ne peut s’offrir.

Aussi la sagesse commande t-elle que les deux protagonistes de la chute d’IBK, plutôt que de plonger le pays dans une crise déchirante de leadership, rejoignent la CEDEAO dans son schéma de transition. En tout état de cause ils n’ont guère le choix s’ils veulent éviter aux Maliens, dont ils prétendent rechercher le bonheur, d’indicibles souffrances.

Saouti HAIDARA

Source : l’Indépendant