sam. Oct 24th, 2020

UNE NATION QUI LIT EST UNE NATION QUI GAGNE

L’heureuse nouvelle est finalement tombée hier: Soumaïla Cissé et d’autres otages occidentaux dont la Française Sophie Pétronin libres

C’est désormais confirmé et officiel. Après plus de six mois de captivité, soit plus de 190 jours, le chef de file de l’opposition Soumaïla Cissé a été libéré  hier  jeudi 8 octobre. Il était en compagnie de plusieurs Occidentaux,  dont la Française Sophie Pétronin. C’est aux alentours de 19 heures que l’avion militaire devant les conduire à Bamako a quitté le tarmac de l’aérodrome de Tessalit, dans la région de Kidal. De sources sûres « tous les otages sont en bonne santé même s’ils doivent rester quelques jours sous surveillance».

Cela fait quelques jours que la nouvelle de la libération du chef de file de l’opposition était  annoncée. Certains se sont même empressés de la confirmer,  ajoutant un peu plus à la confusion. Parmi les prémices de cette annonce figure la libération d’environ deux cents  prisonniers qui devaient servir de monnaie de change pour celle de Soumaila Cissé et certains otages Occidentaux dont la Française Sophie Pétronin.

Sur ces désormais ex-détenus libérés, une bonne partie était  issue  des rangs des terroristes du «  Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans  » (GSIM) d’Iyad Ag Ghali. D’autres avaient  été capturés pour des «  faits de terrorisme  » depuis plusieurs années sans avoir eu la possibilité d’être présentés devant un tribunal.

Signalons que l’opération de la libération de ces otages devait avoir lieu depuis le début de la semaine. Elle a été retardée par le fait que certains détenus,  dont le GSIM réclamait la libération,  manquaient toujours à l’appel. Par ailleurs, des bruits ont également circulé faisant état d’une possible opération militaire pour libérer les otages plutôt que la négociation comme cela avait été annoncé dès le départ.

Une hypothèse rendue possible par la présence dans l’équipe de médiation de certains officiers de l’armée connus pour être des partisans de la méthode forte.

Rappelons que Soumaïla Cissé avait été enlevé depuis le 25 mars dernier alors qu’il était dans la région de Tombouctou, plus précisément dans le cercle de Niafunké,  où il battait campagne en vue de sa réélection à l’Assemblée nationale. Lors de son rapt, son garde du corps, Mohamed Cissé, avait été tué en succombant à ses blessures par des balles tirées par les assaillants. Soumaïla Cissé avait été légèrement blessé au cours de son rapt.

Durant toute sa période en captivité, aucune revendication officielle n’avait été faite et son premier signe de vie remonte à fin août dernier lorsque le CICR avait pu faire parvenir à sa famille une lettre manuscrite dans laquelle l’otage disait être bien traité et donnait des nouvelles rassurantes à ses proches. Avant cela,  au mois de mai dernier, des sources ont indiqué  qu’un intermédiaire dont l’identité était inconnue – bien que certains indexaient l’ancien député d’Abeïbara (Kidal) Ahmada Ag Bibi, avait pu faire parvenir des médicaments à Soumaïla Cissé. Cet ancien élu de la nation avait joué un rôle central dans la libération en 2013 des otages français enlevés sur le site minier d’Arlit, au Niger.

Selon un communiqué de la présidence rendu public,  hier pour la circonstance, la libération de ces otages enlevés par  » les filiales du GSIM a été obtenue grâce aux efforts conjugués des services de renseignements, des forces armées et de sécurité, des partenaires du Mali et de la Cellule de crise« .

Outre Soumaïla  Cissé, la Française Sophie Pétronin, humanitaire enlevée à Gao,  en décembre 2016, a aussi été libérée. Son fils Sébastien Chadau Pétronin, sentant un dénouement proche, est d’ailleurs à Bamako depuis le mardi 6 octobre dernier pour ramener sa mère en France. Depuis l’enlèvement de celle-ci, Sébastien Pétronin a effectué plus d’une trentaine de voyages au Sahel sans jamais perdre l’espoir de revoir sa mère saine et sauve. La dernière preuve de vie de cette dernière remonte à juillet 2018 où on la voyait sur des images du GSIM, malade, amaigrie et très affaiblie.

En décembre 2018, le GSIM avait annoncé qu’il ne diffuserait plus de preuve de vie des otages en raison de la  » mauvaise foi  » de certaines autorités dont la France à négocier.

En plus de ces deux otages figuraient aussi deux Italiens,  en l’occurrence le prêtre PierLuigi Maccalli, enlevé le 18 septembre 2018, dans sa paroisse de Bomoanga, située à 150 km au sud-ouest de Niamey, à la frontière du Niger avec le Burkina et Nicola Ciacco, certainement un touriste dont les conditions d’enlèvement n’ont pas été élucidées. En début du mois d’avril dernier, une vidéo montrant ces deux otages avaient été diffusées par le GSIM sans doute pour faire pression sur leur gouvernement afin de négocier leur libération. Une situation qui intervient près de sept mois après la libération au Mali d’un autre Italien en l’occurrence Luca Tachetto, capturé  avec sa compagne canadienne Edith Blais,  en décembre 2018,  au Burkina Faso. Ce qui fait confirmer à certains analystes qu’une rançon de plusieurs millions d’euros a bien été versée  pour conclure cette transaction.

Ainsi, en plus de la libération d’environ deux cents prisonniers dont une majorité de terroristes, une rançon a bien été payée comme il en arrive très souvent dans ce genre d’opération. De quoi faire dire à certains que la fin du terrorisme dans le Sahel n’est sûrement pas pour demain avec ce genre de pratique.

Massiré DIOP

Source: l’Indépendant