jeu. Jan 21st, 2021

UNE NATION QUI LIT EST UNE NATION QUI GAGNE

CNT : attention au retour du bâton

La volonté délibérée du CNSP de marginaliser la classe politique, au premier rang le M5-RFP, dans la gestion de la transition, est motivée, selon certains de ses ténors, par l’impératif de favoriser un équilibre entre toutes ses composantes à l’heure décisive des consultations générales (législatives et présidentielles) qui marqueront le retour à une vie constitutionnelle normale.

C’est sans doute un noble dessein mais il n’est pas ressenti comme tel par la quasi-totalité de ces mêmes composantes de la classe politique auxquelles il est censé profiter. Elles y voient plutôt une entreprise à peine masquée d’écrasement  » des forces vives de la Nation  » au profit de la consolidation d’une caste de militaires qui perpétuerait, avec plus d’assurance et une totale impunité que par le passé, les pratiques prédatrices et de paupérisation érigées en vertus sous IBK.

Voilà pourquoi elles se sont liguées – dans un réflexe de survie pourrait-on écrire- pour barrer la route à  » la militarisation de la transition « . A les croire, celle-là avait pris forme avec la nomination des membres (ou proches) de la junte à tous les postes du haut commandement militaire et sécuritaire, y compris ceux traditionnellement confiés à la police. Puis a suivi l’attribution à eux de quatre portefeuilles stratégiques du gouvernement. La prochaine étape serait le placement des officiers et sous-officiers à tous les postes de préfet et de sous-préfet habituellement réservés aux civils. Mais ce qui est jugé inacceptable et périlleux par cette gente politique, c’est le quota de 22 sièges dévolus à l’Armée au sein du futur Conseil National de la Transition (CNT) devant faire office d’organe législatif de la transition. Qui plus est, il devrait être présidé par le N°2 de la junte, le Colonel Malick Diaw, qui a la réputation d’avoir trempé dans le coup d’Etat contre ATT en mars 2012, ce qui fait de lui un récidiviste de la violation des principes fondateurs de la République et de la Démocratie.

Cette présence sensible de porteurs de treillis dans un lieu symbolique de la représentation populaire, à défaut d’être nationale, est d’autant moins acceptable qu’elle ne paraît justifiée que par le seul souci de récompenser ceux qui ont participé à la démission du président IBK hors des normes constitutionnelles. Si les dispositions qui avaient cours sous le défunt directoire sont reconduites, un membre du CNT bénéficierait d’un traitement mensuel de 1.500.000 FCFA sans compter les indemnités de session de 750.000 FCFA par trimestre.

Quant à l’installation d’un haut gradé au perchoir, si l’on ose l’écrire, d’un organe censé voter des lois et contrôler l’action du gouvernement, elle ne semble répondre qu’au seul besoin d’offrir à son bénéficiaire un point de chute qui compenserait largement la perte de la vice-présidence du CNSP après sa dissolution d’office consécutive à la création du CNT.

Le raidissement que manifestent les militaires face à la levée de bouclier des civils, toutes chapelles et tous fanions confondus, n’est pas à leur avantage. Il n’est pas, en effet, imaginable qu’ils puissent se passer, un pauvre instant soit-il, des partis politiques dans la composition du CNT. Ce sont eux qui  » concourent à l’expression du suffrage  » selon l’article 28 de la Constitution de 1992, toujours en vigueur. Ce sont donc eux qui fournissent, en temps ordinaire, les élus à l’Assemblée nationale. En période d’exception, ils ne sauraient être exclus ou réduits à la portion congrue dans l’organe censé en tenir lieu.

Un CNT sans les représentants des partis politiques serait dépourvu de tout crédit, soumis à une contestation intérieure insoutenable et exposé au rejet de la communauté internationale qui ne mettrait qu’un laps de temps très court pour ressortir les sanctions qui ont mis le pays à rude épreuve très récemment.

Il urge donc que les tenants du pouvoir sachent raison garder, évitent de prendre des vessies pour des lanternes, ne s’aventurent à placer leurs petits intérêts individuels au-dessus des intérêts nationaux du Mali et des Maliens.

Le retour du bâton pourrait être extrêmement douloureux. A commencer par eux-mêmes.

Saouti HAIDARA

Source : l’Indépendant