mar. Juin 22nd, 2021

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Jugé pour « assassinat et corruption active » du commerçant Kalilou Coulibaly: Aboubacar Sacko condamné à la réclusion à perpétuité et au paiement de 100 millions de FCFA d’intérêts civils

La Cour d’Assises de Bamako s’est penchée, hier lundi, sur l’affaire ministère public contre Aboubacar Sacko, accusé d’ »assassinat et corruption active ». A l’issue de 8 heures de procès, les jurés ont condamné l’accusé à la réclusion à perpétuité assortie du paiement de 100 millions de FCFA d’intérêts civils.

C’est dans une salle pleine comme un œuf que le procès d’Aboubacar Sacko, placé sous mandat dépôt depuis 2019, s’est ouvert. C’était en présence des deux épouses du défunt Kalilou Coulibaly, de ses 13 enfants, parents, amis et relations.

L’accusé Aboubacar Sacko s’est présenté à la barre avec une Lacoste et un pantalon bleu, avec ses saucette sur les sandales. A travers la lecture de l’arrêt de renvoi par la greffière, il ressort que c’est en janvier 2019 qu’Aboubacar Sacko appela sa victime aux environs de 15 heures pour lui dire de le trouver devant la grande Poste au marché de Bamako.

A l’arrivée de Kalilou Coulibaly, il lui a demandé de payer son argent. Que suite à cela, Kalilou entreprit de lui donner des explications dans la voiture. Ils se sont ensuite rendus ainsi à Zorokoré, une localité située à l’entrée de la Commune rurale de Safo, précisément dans la concession en chantier d’Aboubacar Sacko. Sur place, ils ont marché ensemble dans la cour jusqu’aux abords d’un puits. Brusquement, Aboubacar Sacko poussa Kalilou dans le puits, puis il jeta des cailloux et des feuilles d’arbres sur lui pour l’empêcher de crier. Plus tard, il remettra de l’argent à un revendeur de sable pour venir combler le puits.

La Brigade d’Investigation Judicaire (BIJ), saisie du dossier, ouvrit une enquête, qui lui permettra d’épingler Aboubacar Sacko. Alors qu’auparavant, pour brouiller les pistes, il avait beaucoup coopéré avec les enquêteurs, la famille et les proches du défunt.

A la barre, l’accusé Aboubacar Sacko a reconnu les faits à lui reprochés. Ainsi, la Cour lui a demandé d’expliquer les circonstances par lesquelles le défunt a été assassiné.  » Je reconnais l’avoir assassiné. Il me devait 180 millions de FCFA. Je l’ai amené dans mon champ à Zorokoro, sous prétexte de lui faire visiter cet endroit. C’est au cours de nos échanges qu’on s’est retrouvé à côté d’un puits, que je n’avais pas remarqué. Entre temps, Kalilou m’a pris par la main pour me dire, en plaisantant, que si je n’arrêtais pas il allait me jeter dans le puits. Du coup, j’ai saisi cette occasion pour le précipiter dans le puits, irrité de constater qu’il ne voulait pas payer les dettes qu’il me devait. J’ai répandu des herbes sur lui avant de remettre, plus tard, de l’argent au vendeur de sable pour remplir mon puits « , a-t-il tenté de convaincre la Cour.

Un juge lui a alors rappelé les propos par lesquels il avait menacé la victime que  »s’il ne payait pas son argent, les musulmans allaient prier sur son corps ». Face à la pertinence de ce rappel, Aboubacar admit avoir dit cela à la victime. Un élément que les membres de la Cour ont exploité pour établir la préméditation du crime d’assassinat de Kalilou Coulibaly.

Aussi, le juge a demandé à l’accusé pourquoi, il n’a pas disparu après son acte. Il dira qu’il n’a pas pris la tangente en essayant de voir plus clair. Ainsi, il a reconnu avoir essayé de corrompre les agents de la BIJ en leur proposant au début de l’argent pour arrêter d’enquêter.  » C’est dans ce cadre que j’ai rencontré un jour en ville le Commandant de la BIJ pour lui demander d’arrêter les enquêtes. Je lui ai proposé au début 760.000 FCFA puis 20 millions de FCFA s’il acceptait de classer l’affaire. C’est lors de ce rendez-vous qu’il m’a conduit jusque devant les locaux de la BIJ où ses agents m’ont placé en garde à vue « , a-t-il avoué. Un acte qui a valu à l’accusé le crime de  » corruption active » dans le dossier en plus de l’assassinat qui lui est reproché.

Pour les parties civiles dans le dossier, c’est plutôt Aboubacar Sacko qui devait de l’argent au défunt.

L’avocat de la partie civile, Me Makan Diallo a expliqué la monstruosité du crime. Il a évoqué, avec insistance, la préméditation, le guet apens.  » Il n’y a qu’un monstre qui puisse agir de la sorte. Aboubacar est aussi un lâche. Ainsi, il a dénoncé la banalisation du crime avant de plaider que seulement la justice pourra redresser la donne avec les sanctions sévères « , a-t-il dit. Son collègue, a aussi dit :  » mettons nous chacun à la place des membres de la famille du défunt pour comprendre leur ressentiment « . Ainsi, il a remercié la Cour pour avoir diligenté l’affaire, sinon Aboubacar Sacko allait disparaître, disposant d’un visa valide.

Pour le parquet,  Mamadou Bandiougou Diawara, qui suivait le dossier pendant qu’il était au Tribunal de la Commune III,  » c’est Dieu seul qui sait réellement ce qui s’est passé au-delà des propos de l’accusé « . Il a révélé que Kalilou a été déterré du fond du puits avec le crâne cassé, un thorax broyé,  un œil enlevé. Il a signalé les traces de voiture qui étaient à côté du puits. Avant d’évoquer l’éventualité que l’accusé se serait fait accompagner par d’autres personnes pour commettre le crime avant de jeter le corps dans le puits. Sur ces propos, il a demandé à la Cour de retenir l’accusé dans les liens de prévention.

La défense d’Aboubacar Sacko, mal à l’aise dans le dossier, expliquera qu’en tant qu’être humain, il a de la peine à défendre ce dossier.  » Ce n’est pas que je n’ai pas de morale. Je me suis impliqué dans le dossier depuis le début de l’enquête préliminaire. Les fait sont d’une réalité constante, nous plaidons coupable. Je doute fort de la santé mentale de mon client « , a-t-il reconnu. Avant de demander à la Cour de lui accorder des circonstances atténuantes compte tenu de sa jeunesse.

A l’issue de l’audience, la Cour a reconnu des circonstances atténuantes à l’accusé et a condamné Aboubacar Sacko à la réclusion à perpétuité avec le paiement de 100 millions de FCFA alors que les trois avocats de la partie civile avaient requis 500 millions de FCFA comme intérêts civils.       O. BARRY

Source : l’Indépendant