mar. Juin 22nd, 2021

UNE NATION QUI LIT EST UNE NATION QUI GAGNE

Première prise de contact entre le Colonel-major Ismaël Wagué et Youssouf Toloba, mardi 9 mars dernier: Une rencontre pour dissiper le malentendu

Profitant d’un séjour dans le Centre du pays, plus particulièrement dans la région de Mopti, le ministre de la Réconciliation nationale, le Colonel-major Ismaël Wagué a rencontré, le mardi 9 mars dernier, le chef militaire de la milice Dan Ambassagou, Yousouf Toloba. Cette rencontre tenue dans les environs de Bandiagara visait à dissiper le malentendu entre les deux hommes concernant le processus de réconciliation mené actuellement au Centre. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’aucune entente n’a pu être trouvée, tant les positions étaient divergentes.

Il faut préciser que, sous l’ère IBK, des contacts ont tout le temps été établis entre les autorités et la milice Dan Ambassagou. On se souvient que, lorsqu’il était Premier ministre, Soumeylou Boubèye Maïga avait rencontré, en octobre 2018, les responsables de cette milice, à Mopti. Même après l’annonce de la dissolution de celle-ci, survenue le 24 mars 2019, suite au massacre d’Ogossagou, les contacts n’ont jamais été rompus. C’est le lieu de préciser aussi que les autorités de la Transition ont maintenu la même dynamique. Rappelons qu’en décembre 2020, le ministre de l’Emploi, Mohamed Salia Touré avait rencontré le chef de la milice Dan Ambassagou, Youssouf Toloba à Bandiagara.

Pourtant, cela n’avait pas empêché ce dernier, excédé par l’avancée des éléments de Koufa dans la région de Mopti et le repli de l’Armée de certaines zones stratégiques, à menacer les autorités de la Transition de rejoindre les terroristes ou la rébellion. Ce n’était visiblement que des menaces, puisque Toloba n’a jamais franchi ce cap. Toutefois, ce qui l’a réellement mis en colère contre les autorités actuelles, c’est le choix porté par le ministre de la Réconciliation sur l’ancien porte-parole de la milice Marcelin Guinguéré  comme Chef de cabinet de ce département, alors que ce dernier est très décrié et contesté dans la zone. Le cas est le même concernant Sékou Allaye Bolly, nommé Chargé de mission au sein du même département, malgré la vive contestation dont il fait l’objet dans la zone.

Malgré les avertissements et les mises en garde, le ministre de la Réconciliation a maintenu les deux hommes à leur poste. Toutefois, la goute d’eau qui a fait déborder le vase c’est le fait d’avoir permis à Marcelin Guinguéré de présider un dialogue intercommunautaire à Koro, fin février dernier, en passant par Bandiagara, sans impliquer les principaux acteurs de la situation dans la zone. Mieux, c’est même sur la pointe des pieds qu’il s’est rendu à Koro, défiant ainsi les éléments de Dan Ambassagou, alors que ces derniers l’avaient déclaré  »indésirable ». Pire, ils avaient même donné l’ordre d’ouvrir le feu sur son convoi, au cas où il serait aperçu dans la zone.

C’est dire que la rencontre entre le ministre de la Réconciliation et le chef militaire de la milice Dan Ambassagou, le mardi 9 mars dernier, pouvait difficilement être positive. Youssouf Toloba et ses principaux alliés, comme Davide Sagara, restent toujours campés sur leur position relative au départ de Marcellin Guinguéré et de Sékou Bolly de leurs postes au sein du ministère de la Réconciliation nationale.

Le premier est accusé d’avoir vendu la cause de la milice. Quant au second, il lui est reproché de n’avoir rien fait pour empêcher les jeunes de la communauté Peule d’être enrôlés dans les groupes terroristes. Par ailleurs, la milice accuse les autorités actuelles de vouloir l’anéantir au profit des terroristes. C’est notamment ce qui explique des violences entre l’Armée et des positions de la milice Dan Ambassagou.

Une situation qui montre que la tension actuelle ne pourra pas être dissipée par une simple prise de contact entre le Ministre, Colonel-major Ismaël Wagué et Youssouf Toloba.  De plus, même s’il convient de reconnaitre le rôle important de ce dernier dans le processus de réconciliation au Centre, de nombreux rapports dressés par les Nations Unies et d’autres ONG, comme Human Rights Watch, accusent cette milice et son chef militaire d’être à la base de nombreux massacres de populations civiles survenus dans le Centre du pays.

Pourtant, les autorités actuelles ont promis de faire de la lutte contre l’Impunité leur cheval de bataille. Dans ce contexte, force est de constater que la tâche est loin d’être des plus aisées pour le ministère de la Réconciliation au Centre, tant que les sujets de crispation évoqués plus haut vont persister.

Massiré DIOP

Source: l’Indépendant