dim. Août 1st, 2021

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Lutte contre la pandémie de Coronavirus: Le Mali arrête sa « difficile campagne de vaccination » anti-Covid faute de vaccins

Trois mois après la réception de ses premières doses de vaccin, le Mali arrête sa campagne de vaccination. Raisons : la date de péremption des vaccins AstraZeneca reçus est dépassée alors que les nouvelles doses sont attendues jusqu’au mois d’août.

Le Mali, ayant enregistré ses premiers cas de Covid-19 en mars 2020, affichait, mercredi 14 juillet, un bilan total de 14.492 cas positifs dont 528 décès et 10.908 guéris, soit plus de 3.000 cas actifs. Ce pays, qui a débuté sa campagne de vaccination, le 31 mars dernier, a administré 201.297 doses de vaccin AstraZeneca, dont 147.869 personnes n’ayant reçu que leur première dose.

Sa première phase de campagne vaccinale, qui ciblait le personnel sanitaire, les personnes âgées et/ou avec des comorbidités, avant de s’élargir à toute la population, s’est arrêtée samedi 10 juillet dernier. Cette date correspond à la péremption des 396.000 doses de vaccin reçues par le Mali dans le cadre de l’initiative COVAX – un programme de l’alliance Gavi-destiné à distribuer des vaccins à travers le monde. Cette campagne a concerné Bamako, Koulikoro, Sikasso, Ségou, Gao, Kayes et n’a pas pu démarrer à Mopti, Tombouctou et Kidal à cause de « l’insécurité ».

« Le 10 juillet, la vaccination s’est arrêtée compte tenu de la date de péremption du vaccin », a confirmé, mardi 13 juillet, à L’Indépendant, Dr Abdoulaye Guindo, Directeur général Adjoint de la Direction nationale de la Santé, admettant que « cette phase a été difficile, compte tenu des facteurs liés à l’organisation, aux rumeurs et au déploiement du vaccin ».

L’Indépendant a pu constater cet arrêt de la vaccination dans des Centres de vaccination à travers la capitale, dont le CSREF de Lafiabougou (CIV du district de Bamako) et le CSCOM de Yirimadio (CVI du district de Bamako).

Des vaccins rétrocédés  

Cette situation survient au moment où le Mali, avec ses 200.000 doses administrées, est à la traîne en termes de nombre de personnes vaccinées par rapport aux pays voisins comme le Sénégal et la Côte d’Ivoire, qui étaient, le 13 juillet, respectivement à plus 590.000 et 857.000 doses administrées. Un décalage qui s’explique, selon Pr Seydou Doumbia, président du Comité scientifique national de lutte contre la Covid-19 au Mali, par le retard enregistré dans la livraison des vaccins, le mois de carême, la désinformation, le manque de sensibilisation et, surtout, l’indisponibilité des vaccinateurs en raison de la grève liée au non-paiement des primes.

Ce non-paiement a été confirmé à L’Indépendant par des vaccinatrices déployées en Commune VI du district, qui, depuis deux mois, n’ont pas perçu leur « motivation journalière » de 2.500 FCFA. La cheffe d’une des équipes mobiles, qui requiert l’anonymat, a protesté contre cette situation ajoutant que son équipe peut vacciner 40 à 50 personnes par jour.

D’autres facteurs expliquant la faible affluence sont, selon le Dr Boubacar Sidiki Dramé, médecin biologiste et point focal de la lutte contre la Covid-19 à l’Hôpital du Mali, liés à « l’intoxication et à l’instabilité politique ». Son hôpital a pu faire vacciner 70% de son personnel et dispose d’une équipe de vaccinateurs formés mais qui ne travaille pas en raison de l’insuffisance de vaccins.

Ces campagnes d’intoxication, dénoncées également par Pr. Timbo Samba Karim, point focal de la lutte contre la Covid-19 au CHU Gabriel Touré, n’ont pas dissuadé les deux-centaines de milliers de Maliens de se faire inoculer le vaccin AstraZeneca. Moussa Diamounténé, qui fait partie des personnes ayant reçu les deux doses, a confié à L’Indépendant que les « bruits autour du vaccin » ne l’étonnent pas, pointant du doigt « une guerre commerciale » sur le marché pharmaceutique.

Contrairement à ce jeune, âgé d’une trentaine d’années, Paul Fomta refuse de se faire vacciner à cause « des spéculations » qu’il juge « trop »« Je me dis que je suis très jeune aussi. Selon les explications des médecins, les jeunes sont un peu plus immunisés, comparativement aux plus âgés », tente-t-il de motiver son hésitation.

 « Irrégularités dans la gestion du fonds »

Le Mali, face à ces difficultés, a été incapable d’utiliser tout le stock de vaccin avant la date de péremption. Résultat : 97.250 des doses réceptionnées ont été rétrocédées à la Facilité COVAX, a révélé le Directeur général Adjoint, Dr Abdoulaye Guindo. Ces doses rétrocédées devraient être, selon un accord, conclu le 24 juin, entre les autorités maliennes, ivoiriennes et l’alliance Gavi, transférées à la Côte d’Ivoire.

L’interruption de la vaccination intervient certes au moment où les nouvelles contaminations sont en baisse mais dans un contexte de relâchement perceptible des mesures-barrières alors que le risque d’une quatrième vague est imminent. Elle survient aussi après que le Bureau du Vérificateur général ait décelé, dans un rapport, plus d’un milliard de FCFA d’irrégularités financières, en 8 mois de gestion du projet d’urgence Covid-19. De plus, les 8,4 millions de doses de vaccins, pour un coût d’achat de 31,2 milliards FCFA, annoncées par l’ancien gouvernement de la Transition, n’ont toujours pas été livrées, alors que leur arrivée était attendue pour fin mars 2021.

De nouvelles doses attendues en août

Cette pénurie de vaccins « ne pose pas de problème sur le plan scientifique » puisqu’il peut s’écouler, à en croire Pr Seydou Doumbia, président du comité scientifique, « un à trois mois entre les deux doses ». Les nouveaux candidats aux vaccins devront ainsi attendre, le mois d’août prochain, l’arrivée de 400.000 nouvelles doses d’AstraZeneca, annonce Dr Abdoulaye Guindo. Selon ce dernier, le Mali est aussi en négociation avec les partenaires pour avoir d’autres types de vaccins afin d’immuniser massivement la population malienne.

Moussa Sayon CAMARA

Source: l’Indépendant