UNE NATION QUI LIT EST UNE NATION QUI GAGNE

L’arrestation pour  » mercenariat  » suivie du déferrement de 49 soldats ivoiriens marquent un degré supplémentaire dans la dégradation des relations entre le Mali et la Côte d’Ivoire, déjà fort mal en point à cause des  sanctions de la CEDEAO derrière lesquelles les Maliens voyaient, à tort ou à  raison, la main du président Alassane Dramane Outtara. Ce dernier ayant la réputation d’être le principal fondé de pouvoir de la France en Afrique de l’ouest.

Cette évolution, qui survient une semaine seulement après que l’Organisation sous-régionale et sa « filiale » l’UEMOA eurent levé les sanctions économiques et financières contre le Mali, est préjudiciable à celui-là à bien des égards.

La Côte d’Ivoire est, en effet, le pays qui abrite le plus grand nombre des émigrés maliens dans le monde. Ils y seraient entre 4 et 5 millions selon certaines estimations. Ils contribuent certes à enrichir leur pays d’accueil par leurs ressources physiques et intellectuelles mais aussi leurs investissements financiers. En retour ils tirent de leurs activités en terre éburnéenne de substantiels revenus dont une partie, évaluée à des dizaines voire des centaines de milliards de FCFA, est envoyée au pays d’origine pour entretenir les familles restées sur place ou acquérir des biens, le plus souvent fonciers ou immobiliers.

La Côte d’Ivoire est aussi, après le Sénégal, le deuxième pays par lequel transitent les importations maliennes, alimentaires et manufacturières. Lesquelles ont lieu à travers les ports d’Abidjan et de San Pedro. S’agissant du coton, deuxième produit d’exportation du Mali après l’or, il est évacué sur le marché mondial principalement par le port d’Abidjan, deuxième plus importante infrastructure en la matière sur le continent africain après celle de Durban, en Afrique du Sud.

Au plan de la coopération technique, retenons que le pays de Félix Houphouët-Boigny fournit, depuis une quinzaine d’années, de l’électricité au nôtre pour l’aider à réduire son déficit en cette denrée stratégique. De 100 mégawatts au départ, ce concours a été porté à 130 mégawatts en 2021. Il est crucial pour la région de Sikasso, le deuxième poumon de l’économie malienne après le district de Bamako. Quand on a la chance d’avoir un partenaire aussi précieux, de surcroît représentant à lui seul plus de 40% de l’activité économique de l’UEMOA, on prend soin de ne pas trop se fâcher avec lui.

Le contentieux ouvert avec Abidjan a servi de prétexte pour raviver un autre dossier, tout aussi sulfureux : celui de la MINUSMA. Le renouvellement de son mandat pour une année supplémentaire, le 30 juin passé, par le Conseil de sécurité de l’ONU, s’est fait à la grande contrariété du Mali  qui s’oppose à la latitude qui lui est accordée de mener des enquêtes en toute indépendance sur le territoire malien concernant les présumées atteintes aux droits de l’homme. Bamako a rejeté également l’offre de la France de faire assurer par Barkhane une couverture aérienne aux déplacements du dispositif onusien, ce qui revient, dans le contexte actuel, à le livrer aux assauts meurtriers des groupes terroristes. A ces deux points de désaccord est venue s’ajouter la décision du gouvernement malien de suspendre sine die les rotations militaires et policières de la MINUSMA, ce qui va affecter négativement son fonctionnement normal, partant son efficacité sur le terrain. Toutes choses qui font relever par les observateurs que la finalité de toutes ces chausse-trappes est d’amener la MINUSMA à faire ses bagages et à se retirer du Mali. Vieille amie du Mali depuis les années soixante, l’Égypte semble s’engager dans cette voie, qui vient d’annoncer le retrait  » temporaire  » de ses troupes du pays.

Un repli de la mission onusienne laisserait un grand vide en ce qui concerne la mise en œuvre de l’accord pour la paix, la protection des populations civiles dans les zones de guerre, le dialogue inter-communautaire, la restauration de l’autorité de l’Etat, le retour des services sociaux de base, le rétablissement de l’ordre constitutionnel. Tâches inscrites à son agenda de stabilisation et pour lesquelles elle n’a pas démérité.

L’un dans l’autre un conflit avec la Côte d’Ivoire et le retrait de la MINUSMA représenteraient de nouveaux périls pour le Mali.

Saouti HAIDARA

Source: l’Indépendant

 

 

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