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Son avenir bientôt scellé par le Conseil de sécurité de l’ONU: La MINUSMA suspendue entre le renforcement de ses effectifs et le retrait des troupes

Comme prévu lors du renouvellement du mandat, en juin dernier, le Secrétaire général de l’ONU a soumis aux membres du Conseil de sécurité, un rapport d’évaluation sur l’avenir de la MINUSMA. Dans ce document qui  devrait être rendu public au cours d’une réunion sur la situation au Mali prévue,  le 27 janvier prochain, Antonio Guterres propose trois options à la mission onusienne au Mali à savoir l’augmentation des effectifs des casques bleus ou le retrait des troupes.

Selon ce rapport dont des extraits ont déjà fuité, la mission de maintien de la paix de l’ONU au Mali n’est « pas viable » sans une augmentation du nombre de Casques bleus.  Pour le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres  » la MINUSMA est une opération de maintien de la paix là où il n’y a pas de paix à maintenir « . De plus, avec l’extension de son mandat en 2019 au centre du pays particulièrement touché par les violences armées, la mission, privée désormais du soutien d’opérations étrangères, notamment de la France qui s’est retirée en août dernier, « a fait de son mieux« , mais « a été poussée au-delà de ses limites« , note-t-il.

Ainsi, parmi les propositions faites pour remédier à cette situation figure la mise à la disposition de la mission les moyens nécessaires lui permettant d’assurer pleinement son mandat en augmentant ses effectifs militaires et policiers de 3.680 personnes, ou de 2.000 dans une version plus modeste. Rappelons qu’en mi-décembre, la MINUSMA comptait 12.388 militaires (contre 13.289 autorisés par le mandat) et 1.598 policiers (pour 1.920 autorisés). Bien que nécessaire, l’augmentation des casques bleus ne suffit pas aux yeux de  Antonio Guterres. C’est la raison pour laquelle il a aussi souhaité que des progrès soient réalisés dans le domaine de la transition politique pour le retour des civils au pouvoir en mars 2024, ainsi que la liberté de mouvement des Casques bleus alors que l’ONU dénonce les entraves imposées par les autorités maliennes. Notons pour l’heure que cette tâche est loin d’être gagnée,  puisque la MINUSMA est considérée comme la mission de maintien de la paix la plus meurtrière au monde avec le décès de plus de 170 casques bleus,  suite à des actes hostiles enregistrés depuis juillet 2013. S’y ajoute que sur le plan financier, l’ONU consentit également de gros efforts avec la mobilisation  d’un budget annuel de 1,2 milliards d’euros en faveur de la MINUSMA. De plus,  d’importants pays partenaires comme la Suède, le Royaume-Uni, la Côte d’Ivoire et l’Allemagne ont annoncé leur retrait plus tôt que prévu, au plus tard en mars 2024. Quant à l’Egypte – l’un des plus grands pays contributeurs de troupes à la MINUSMA, elle est toujours dans le doute. En août dernier, ce pays avait suspendu la participation de ses 1.035 militaires déployés au Mali après avoir perdu sept d’entre eux,  suite à des attaques à l’engin explosif improvisé (EEI).

Par ailleurs, au cas où cette demande d’augmentation des effectifs des casques bleus au Mali n’est pas satisfaite, le Secrétaire général de l’ONU évoque le « retrait des unités en uniforme » et la transformation en « mission politique spéciale« , avec une présence uniquement à Bamako. Il estime  ainsi que « la situation actuelle n’est pas viable« .

Comme dernière option, Antonio Guterres  a proposé un maintien du nombre de Casques bleus, tout en modifiant  le  mandat, avec la fermeture de certains camps ou la  réduction de la présence dans le centre du pays. Pour l’ONU, la pertinence de sa présence au Mali demeure puisque le Mali est toujours confronté à des crises majeures notamment sur le plan humanitaire et la protection des civils. Rien qu’en 2022, on compte au moins 2000 civils qui ont perdu la vie au Mali. Sans compter le soutien apporté par la mission aux autorités actuelles pour une réussite de la transition. C’est ainsi qu’Antonio Guterres a plaidé sur le fait qu’  » aucun effort ne devrait être épargné pour empêcher le renouvellement d’un cycle d’instabilité politique et la poursuite de la détérioration de la situation sécuritaire, humanitaire et des droits humains « . Mieux, la plupart des Etats membres et autres partenaires consultés, ont insisté sur le fait qu’un « retrait serait préjudiciable pour le Mali et la sécurité régionale« , soulignant le « risque existentiel » posé par les groupes terroristes au-delà de l’Afrique de l’Ouest.

Notons que depuis un certain temps, des voix s’élèvent pour demander le départ de la MINUSMA alors que les autorités veulent un soutien plus affirmé dans la lutte contre le terrorisme. Ce dont le mandat actuel de la MINUSMA ne permet pas.

Massiré DIOP

Source: l’Indépendant

 

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